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lus d'un mois après leur départ avorté vers la France, pas un seul des 103 enfants "rescapés" de L'Arche de Zoé n'a été rendu à ceux qui se présentent comme leurs parents. Dans la cour de l'orphelinat protestant Makan Assalam ("lieu de paix") d'Abéché, les petits jouent sous la surveillance de travailleurs sociaux et de volontaires de la Croix-Rouge tchadienne. Contrariant l'ambiance générale d'hostilité aux Blancs, ils se précipitent en souriant vers les visiteurs européens.
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Pourtant, le contact a été noué avec les familles de 80 d'entre eux, tandis qu'un
"garant" s'est présenté pour les vingt-trois autres, assure le procureur d'Abéché, Ahmad Daoud Chari. Mais la procédure de vérification est loin d'être terminée. Les magistrats de N'Djamena, désormais chargés de l'enquête, se sont transportés à Abéché, fin novembre, pour entendre les familles présentes. Officiellement, des investigations se poursuivent dans les villages pour une durée indéterminée.
"Les enfants ne pourrons être rendus que lorsque l'enquête aura été bouclée et que nous aurons la garantie que les parents déclarés sont les bons", justifie-t-on au palais de justice.
Sous le sceau de l'anonymat, un responsable humanitaire avance une autre explication : "Les 103 enfants sont considérés par le régime comme autant de témoins à charge. Si on les relâchait, l'affaire serait terminée. Elle ne permettrait plus au pouvoir d'exercer des pressions sur la France pour obtenir des compensations." La concurrence entre les agences onusiennes, désireuses chacune d'afficher leur rôle dans le dénouement d'une affaire très médiatisée, pèse aussi dans l'interminable attente des enfants. Surtout dans le contexte tchadien, où ces institutions internationales exercent non seulement des compétences normalement dévolues à l'Etat, mais sont aussi amenées à financer le fonctionnement de certaines administrations du pays, afin de pouvoir y poursuivre leurs missions. "Elles font le travail de l'Etat et paient pour le faire", résume un humanitaire.
Le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) subventionne ainsi les déplacements de magistrats (en principe pour le règlement de contentieux nés dans ses camps), de gendarmes et de sous-préfets. De son côté, l'Unicef finance les enquêtes sociales sur les familles.
La situation de l'orphelinat, qui, en toute discrétion, accueille les enfants, symbolise bien la complexité des enjeux : présent à Abéché depuis cinquante ans, l'établissement géré par la Mission protestante franco-suisse, a été choisi par les autorités pour assurer la quiétude des enfants, que le service social de l'Etat n'assurait pas. Mais l'armée y fait désormais la loi, filtrant les visiteurs et privilégiant les journalistes désireux de rencontrer et de filmer les enfants.