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Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule

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Le Bon Coeur nécessaire mais pas suffisant !

 
Pour une révision du droit d'ingérence
Il faut interroger nos relations avec les sociétés civiles du Sud

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Souvenons-nous : les années 1980, les années de splendeur de l'action humanitaire, l'entrée en politique des grands acteurs de l'action humanitaire, les uns après les autres, Bernard Kouchner, Claude Malhuret, Xavier Emmanuelli. Et, très naturellement, la traduction politique des grandes idées de solidarité portées par la société civile d'alors. En France, ce seront la modernisation des idées en matière de toxicomanie et l'instauration d'une politique ambitieuse de réduction des risques, prémices d'une politique de lutte contre l'exclusion et la précarité.

Dans le monde, ce seront le droit d'ingérence, le devoir d'ingérence, et tout ce qui s'ensuivit : Somalie, Rwanda, Bosnie, Kosovo, l'ingérence thérapeutique dans le champ du sida, et bien d'autres missions moins connues, moins médiatisées mais toutes assises sur cette formidable certitude que nous avions alors de notre " mission " humanitaire, droite, légitime et légitimée, en grande partie grâce à Bernard Kouchner, alors dans le gouvernement de Michel Rocard, et à Mario Bettati.

Le prix Nobel attribué à MSF en 1999 a consacré tout cela. Des clones humanitaires se sont répandus partout, de toutes natures, de toutes tailles, de toutes religions, avec les meilleures intentions du monde, beaucoup d'argent et, pour la plupart, un authentique service rendu aux populations aidées.

Et puis le Kosovo, en 1999, première implosion de la galaxie humanitaire. Au-delà des indiscutables services rendus aux personnes nécessitant de l'aide et des soins, aux marches du Kosovo, la confusion entre humanitaire et militaire commence à apparaître. Les ONG sont globalement du " bon côté ", quoi que l'on dise. L'Occident s'ingère.

Et puis, 2004, le tsunami, de façon éclatante, choquante même, révèle l'aspect monstrueux qu'avait pris cette idée juste mais ambiguë d'ingérence humanitaire. Le contraste frappant entre la nature des besoins de la population, d'une part, et la débauche chaotique de moyens, d'argent, d'incompétence et de bons sentiments, d'autre part, apparaît au grand jour.

Dans un autre registre, l'Afghanistan, en 2001, puis l'Irak, en 2003, font exploser la neutralité autoproclamée des organisations humanitaires, le militaire et l'humanitaire se fondent dans un paysage complexe où la religion, le pseudo-choc des civilisations, les intérêts des parties en guerre, la logique entrepreneuriale se mélangent jusqu'à rendre illisible l'action humanitaire et ses objectifs.

L'Arche de Zoé et son fiasco, enfin, ne sont que le point d'orgue d'une dérive conceptuelle pathétique et profondément attristante. Doit-on parler d'incompétence, de naïveté, de démarche névrotique, d'escroquerie ? Nous ne savons pas, mais, d'une certaine façon, peut-être, cette ONG, ses responsables, cette opération lamentable ne sont que le produit pathologique d'une lente dérive du principe d'ingérence.

Comment s'y retrouver quand ce principe est utilisé, instrumentalisé, par des Etats, des institutions internationales, des acteurs ou des musiciens riches et célèbres, de puissants milliardaires, des hommes politiques hypermédiatisés, au Darfour, en Chine, en Afrique, un peu partout ?

Réfléchissons. Nous serions tous désespérés d'avoir à renoncer à notre capacité d'indignation. Il n'est pas question de remettre en cause les grands principes qui ont présidé à la naissance du droit et du devoir d'ingérence, comme on les a alors appelés. Mais il faut questionner ce qu'ils sont devenus. Il faut surtout que les sociétés civiles du Sud, qui sont aujourd'hui beaucoup plus fortes qu'autrefois, deviennent les acteurs principaux de la mise en oeuvre de ce concept. Il faut revoir le rationnel des interventions humanitaires avec nos interlocuteurs du Sud. Il faut asseoir la légitimité des opérations sur leurs demandes et leurs besoins.

L'unilatéralisme, relatif, mais tout de même patent, dans bien des exemples relatés dans cet article, doit faire place à un bi ou un multilatéralisme humanitaire bien pensé. Les temps changent, pas la nécessité de faire preuve de solidarité humaine quand d'autres êtres humains sont dans le désespoir et l'abandon. " La solidarité se fonde sur le refus d'isoler l'état de quelques-uns du sort du plus grand nombre " (Jonathan Mann, 1994).

Gilles Raguin

 

 

Ancien vice-président,

 

ancien directeur des opérations

internationales de Médecins

du monde

 

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