Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule
Voilà un vote qui engage. Confirmant sa poussée du premier tour, la gauche vient de remporter une victoire sans appel dans ce scrutin régional. Dans la quasi-totalité du pays, le sarkozysme est désavoué. Les «éléments de langage» distribués par l’Elysée, qui ne sont pas, pour une fois, des éléments d’enfumage, reconnaissent honnêtement la réalité. L’Alsace ne cache pas la forêt ; d’un tour à l’autre, l’opposition a maintenu une avance spectaculaire sur l’UMP. Le parti du Président est distancé par la gauche ; il est entamé par le Front national, qui amplifie son succès.
Cette double défaite change le cours de la politique nationale. Personne ne peut en déduire le résultat de la prochaine présidentielle, mais tout le monde voit désormais que la réélection de Nicolas Sarkozy est incertaine. La majorité affectera la sérénité combative. En fait, l’inquiétude se cristallise. Le style Sarkozy, la politique Sarkozy, la stratégie Sarkozy, tout cela est maintenant mis en cause au sein même de la droite française. Une trop grande proximité avec les forces d’argent, un maniement douteux de l’identité nationale, une concentration inédite du pouvoir : les trois piliers de l’action conduite depuis 2007 sont ébranlés. La progression du Front national, trait majeur de ce scrutin, défi lancé à tous les démocrates, incitera une partie de la droite classique à durcir sa posture. Ce sera pour constater que ce raidissement fait fuir la partie humaniste et républicaine de la majorité. Une hypothèse se fera bientôt jour : la dureté et l’injustice des politiques conservatrices à l’œuvre depuis trente ans finissent par mettre la droite en minorité. Pour la première fois, en raison de la crise qui condamne le capitalisme financier aux yeux de l’opinion, la gauche semble spontanément majoritaire. On dira qu’une hirondelle ne fait pas le printemps progressiste. Certes. Mais c’est une hirondelle géante.
L’espoir restitué impose à la gauche des devoirs nouveaux. Prouesse oblige… Personne ne comprendrait, après cette percée, que les mêmes calculs rances viennent polluer l’avenir, que les mêmes routines déçoivent l’électeur en quête d’alternative. En 2004, déjà, la gauche avait cru à sa résurrection pour se jeter trois ans plus tard sur un mur. Il lui manque un projet de rupture avec le néolibéralisme qui soit crédible et tienne compte des réalités imposées par la crise ; elle doit aussi confirmer une procédure de primaires suffisamment claire et précoce pour garantir l’unité après la bataille ; elle doit enfin retrouver le lien avec les classes populaires qui ont déserté ce scrutin. Bref, elle doit tenir la promesse de sa victoire.