Quand les idées préconçues de l’Occident se fracassent sur la réalité iranienne…
George Friedman Mercredi 17 Juin 2009
En 1979 (à l’époque, nous étions encore jeunes et nous avions tendance à avoir les étoiles du Stars and Stripes dans les yeux), une révolution se produisit, en Iran. Les experts auxquels j’avais demandé ce qui allait se passer ensuite se partageaient entre deux camps :
Le premier groupe des experts ès-questions iraniennes disaient que le Shah survivrait certainement, que les troubles n’étaient qu’un événement cyclique, d’ores et déjà contrôlable par ses services de sécurité et que le peuple iranien était uni derrière le programme de modernisation du pays entrepris par le monarque iranien. Ces experts avaient fini par avoir cette vision des choses en parlant avec les mêmes officiels et hommes d’affaires iraniens avec lesquels ils parlaient depuis des années – des Iraniens qui étaient devenus riches et puissants sous le règne du shah, qui parlaient anglais, étant donné que les experts de l’Iran ne parlaient pas le persan aussi bien qu’ils l’auraient dû…
Le second groupe d’iranologues voyaient dans le shah une brute répressive, et considéraient que la révolution visait à libérer le pays. Leurs sources, c’était les professionnels et les universitaires qui soutenaient l’insurrection – des Iraniens qui savaient ce que pensait feu le Chef Suprême l’Ayatollah Ruhollah Khomeini, mais qui ne pensait pas qu’il jouissait d’un bien grand soutien populaire. Ils pensaient que la révolution aurait pour résultat une plus grande liberté et un plus grand respect des droits de l’homme. Les experts appartenant à ce groupe, il faut bien le reconnaître, parlaient encore bien moins le persan que ceux du premier…
Une mésinterprétation des sentiments prévalant en Iran
Devant se limiter à des informations sur l’Iran provenant d’opposants au régime anglophones, ces deux groupes d’iranologues avaient fini par se former une vision extrêmement trompeuse de la direction qu’allait prendre la révolution – en effet, ladite révolution n’était pas le fait de gens parlant l’anglais. C’était les marchands des bazars des villes, des paysans et le clergé qui la faisaient, c’est-à-dire des gens avec lesquels les Américains ne parlaient pas, pour la simple raison qu’ils ne le pouvaient pas. Cette génération d’Iraniens n’était pas persuadée des vertus de la modernisation, et ils n’avaient qu’une vision extrêmement floue de celles du libéralisme. Depuis leur naissance, ses membres connaissaient les vertus de l’Islam, et ils étaient persuadés que l’Etat iranien devait nécessairement être un Etat islamique.
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