Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule

Publicité

LE TABAC. Mon grand pére disait "Taback"

Chronique
Churchill aurait-il été aussi opiniâtre sans son cigare ?, par Laurent Greilsamer
LE MONDE | 31.12.07 | 13h48  •  Mis à jour le 31.12.07 | 13h48
OAS_AD('Frame1');OAS_AD('Top2');
Augmentez la taille du texte
Diminuez la taille du texte
Imprimez cet article
Envoyez cet article par e-mail
Recommandez cet article
Citez cet article sur votre blog
Classez cet article
Réagissez à cet article
Casanova n'était pas seulement un grand libertin. Il fut aussi, au XVIIIe siècle, un précurseur du mouvement hygiéniste. Charmant et délicat Casanova ! Il ne pouvait souffrir de respirer la fumée du cigare d'un voisin au prétexte que cette fumée-là avait été inhalée par un autre corps que le sien. Casanova se tenait pour un esprit fort et raisonneur, mais on constate en ce point qu'il ne poussait pas son raisonnement à son terme car il aurait dans ce cas purement et simplement arrêté de respirer, et nous aurions été privés de ces Mémoires.

 

if (provenance_elt !=-1) {OAS_AD('x40')} else {OAS_AD('Middle')}
 
Deux siècles plus tard, le voeu de Casanova est exaucé et c'est tout un pan de civilisation (manufacturière, industrielle, sociale, comportementale) qui s'apprête en France, et dans la plupart des pays de l'Europe de l'Ouest, à disparaître lentement et sûrement. Car voilà le tabac définitivement chassé des bars et des restaurants. Dans quelques années, nous regarderons avec une surprise amusée les photos des acteurs des années 1940-1990, cigarette à la main, de tous les artistes et écrivains, de Malraux à Camus, invariablement clopant et devisant, au même titre que nous observons déjà les fumeurs de pipe (Simenon, Sartre, le capitaine Haddock...) comme des originaux et des anciens. Ils avaient le cuir épais, ces grands compulsifs.

Peut-être collectionnerons-nous aussi les cendriers et les briquets, les pipes et les blagues à tabac comme autant de curiosités d'un autre âge, attachant et lointain. Les spécialistes discuteront gravement de l'ancienneté et de la valeur d'un étui à cigarettes de l'entre-deux-guerres. Un historien se penchera sur l'histoire de France depuis le XVIIe siècle et la débitera selon les périodes marquées par l'art de priser, de chiquer ou de fumer. Un autre étudiera l'influence du tabac sur la manière de se comporter en société, sur la mode, sur la manière dont les femmes ont fini par s'approprier, dans les années 1970, ce monde qui leur était interdit. Enfin, le tenant d'une nouvelle discipline empruntant à la médecine, à la sociologie et à l'histoire analysera l'impact de la consommation intensive de tabac dans la prise de décision chez les politiques.

Winston Churchill aurait-il été aussi opiniâtre sans la compagnie de son éternel cigare ? Serait-il parvenu à l'emporter sur ses contradicteurs sans l'appoint de cette source d'enfumage portative ? Ne trouvait-il pas, dans ses moments de doute, un réconfort méconnu dans son havane ? Question centrale, déterminante. De même que l'on peut se demander jusqu'à quel point le tabac, consommé dans les premiers cafés parisiens, n'a pas joué un rôle dans l'émergence puis l'épanouissement de la démocratie. Ou encore si son usage massif dans les réunions et les assemblées générales des associations et mouvements ouvriers n'a pas servi de carburant méconnu à la révolution. Il faudra bien un jour s'interroger sur la puissance excitante et mobilisatrice du tabac, sur la fraternité inhérente au partage des cigarettes et sur la capacité d'envoûtement des volutes de fumée. Imagine-t-on Che Guevara ou Fidel Castro sans un cigare ? Non, bien sûr ! Et qui peut dire si sans lui le sort de la révolution n'en eût pas été changé ?

La lente disparition du tabac de notre horizon sera donc historique. Et l'on peut se demander s'il s'agit d'un mouvement unique ou si, au contraire, il sera suivi de répliques comme savent en générer les séismes. Certains doivent déjà songer à demander l'interdiction du café, ce dangereux breuvage lui aussi importé des "Amériques" et coupable, forcément coupable de nombreux malaises cardiaques. Pourrait venir aussi l'heure fatidique du chocolat, paré de toutes les vertus au siècle des Lumières, et pourtant aujourd'hui si contradictoire avec nos régimes. Le chocolat ? Ah ! non, pas le chocolat ! Bonnes fêtes alors.

Laurent Greilsamer
Article paru dans l'édition du 01.01.08.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article