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Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule

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TABASKI à Niamey !

TABASKI 2007. Entre acte rituel et dépenses onéreuses
   En communion avec la Ouma islamique, les musulmans du Niger ont célébré, le mercredi 19 décembre dernier, l’Aïd El Kébir ou fête de Tabaski, communément appelée «fête du mouton». Cette année encore, même si elle conserve son carac-tère rituel, la fête a rimé avec soucis financiers pour la majorité des ménages. Les habits bien sûr et les petits et grands plats, mais toujours et surtout le fameux mouton, incontournable jauge de la fête.

L’Aïd el Kébir célébré par les fidèles musulmans est un moment de dévotion à Dieu et à son prophète Muhammad (PSL), qui se caractérise par l’immolation d’un bélier en guise de commémo-ration du sacrifice d’Abraham qui a reçu de Dieu un bélier pour préserver son fils qu’il était prêt à offrir en sacrifice. Pendant des milliers d’années, cette tradition se perpétue dans la Ouma islamique. Voilà l’aspect originel et rituel de la fête.

Aujourd’hui, cette acte qui constitue l’un des cinq piliers de l’islam et recom-mandé à tout musulman ayant les moyens de l’accomplir est une gageure, un véritable défi social bien plus souvent que religieux. La fête de Tabaski est devenue une opportunité d’affaires pour les marchands professionnels de petits ruminants et tous les occasionnels. A l’opposé, elle est un moment de calvaire pour de nombreux chefs de famille.

La difficile quête du mouton

Bien des jours avant la fête, les mar-chés de bétails de la ville de Niamey notamment, sont pris d’assaut par des milliers de clients, chacun voulant fournir le suprême et coûteux effort pour satisfaire aux caprices des enfants et mamans. Mais aussi à la sévère pression du standing social. Comme d’habitude aussi, la dernière ligne droite des pré-paratifs de l’Aïd el Kébir voit les prix du mouton grimper. Les salaires, bien que régulièrement payés depuis quelques temps, suivent difficilement le rythme ici particulièrement volant de l’offre et de la demande. Pour Hamissou Kabirou, marchand au marché de bétail de Harobanda, «la plupart des fonctionnaires ont empoché leurs salaires depuis le début du mois de décembre. C’est normal que depuis le week-end dernier, le taux de vente monte au niveau des points de vente de mouton de Niamey, la capitale ».

La ruée des derniers jours sur les petits ruminants n’est pas sans conséquen-ces sur les prix. Les béliers, précédem-ment cédés à 30 000 ou 40 000 F CFA se marchandent à partir de 65 000 voire 85 000 FCFA. De quoi priver certains fi-dèles de moutons. « Heureusement, la religion musulmane tolère un animal de substitution comme le poulet. Autrement dit, à chacun son sacrifice, selon ses moyens », se justifie Maazou Babou, traînant depuis le matin avec ses 45.000 F CFA sans pouvoir se procurer le fameux mouton.

Pour la Tabaski 2007, le marché du mouton a été relativement bien fourni par rapport aux années précédentes. Selon des commerçants, les marchés ont entrepris leur approvisionnement deux mois auparavant. Sans compter les ambulants qui font du porte à porte. «Ce qui explique aussi cette situation, ce sont les récentes mesures prises par les autorités pour empêcher l’exportation en masse vers d’autres pays », explique un vendeur du marché de Lazaret. Le Niger reste cependant un fournisseur en petits ruminants des pays voisins comme le Nigeria, le Sénégal, le Burkina et la Côte d’Ivoire. Cette année encore, des milliers de têtes ont pris le chemin de ces Etats. Sur place, il est difficile d’ac-quérir un mouton à moins de cinquante mille francs. En dessous de ce montant, on a droit à un agneau. Et l’expérience a démontré que vendeurs et revendeurs maintiennent la pression jusqu’au dernier moment, jouant sur la corde de la croyance et du devoir religieux.

Plusieurs astuces pour se procurer le prestigieux mouton

Les Niaméens aux ressources limitées utilisent toutes les astuces pour se procurer le mouton à un prix abordable. Bon nombre évitent d’acheter le mouton dans des marchés comme Tourakou envahi par des intermédiaires. Ils pré-fèrent négocier avec les vendeurs ambulants qui montrent plus de flexibilité. Ceux qui ont un peu plus de moyens se ravitaillent au niveau des marchés péri-phériques comme Youri, Balleyara,.., où l’on peut se procurer un bon mouton avec 45.000 ou 50.000 francs. Enfin, il y a ceux qui ne se préoccupent pas du tout de la valse des prix, car ils ont décidé d’acheter leur mouton le jour même de la fête, au petit matin, « l’heure de la liquidation », un moment où pour une fois l’acheteur peut dicter la loi. Cette alternative comporte également l’écono-mie de l’alimentation du mouton, le risque de vol. De fait, une fois le mouton acquis, il faut pouvoir le tenir à l’abri des voleurs. Manirou Maman, un habitant du quartier Ryad, a choisi une solution imparable : “depuis deux semaines que j’ai acheté mes deux moutons, je passe les nuits avec eux dans mon salon et, la journée je les fais garder par un jeune homme du quartier.

Fêter, c’est bien. Prier et accomplir de bonnes œuvres, c’est encore mieux

L’Imam Cheikh Abdoul Aziz Ibrahim, marabout à Koubia, enseigne que « cette fête rappelle aux musulmans le jour où Abraham a accepté, par sa foi en Dieu Allah, d’immoler son fils Ismaël. Pour nous les musulmans, la Tabaski est une fête recommandée par Dieu. Le prophète nous a demandé de l’observer en mé-moire de la famille. C’est que Abraham, Dieu soit avec lui, a immolé son fils par sa foi en Dieu. Car ce commandement d’immoler son fils, s’il était encore en vigueur aujourd’hui, je ne pense pas qu’il y aurait trois personnes au monde à le réaliser…». Le marabout invite les musulmans à ne pas se focaliser uniquement sur l’aspect festif, mais de « multiplier les bonnes œuvres, comme la prière, la charité, les visites aux parents et voisins, les bonnes paroles, brefs, tout ce qui rapproche du son créa-teur ». Il a lancé un appel aux musulmans pour qu’ils implorent Dieu pour la paix et surtout que ce dernier bénisse le Niger. « Que toute personne qui nous veut du mal soit maudite par Dieu. Qu’il donne la sagesse et l’intelligence à nos dirigeants et à notre peuple», a souhaité Cheikh Abdoul Aziz Ibrahim.
Mahamadou Diallo

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