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Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule

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Quelques précisions pas si inutiles !

par Bernard Pluchon, Sociologue, dir. asso. SRI-44

 

Dans l'après-coup de certains événements concernant des Gens, dits du voyage et tel que rapporté dans différents médias, la confusion reste encore trop prégnante pour pouvoir avancer des réponses politiques adaptées. En particulier, les notions que recouvrent les termes « Rom » et « gens du voyage » sont souvent imprécises, voire indifférenciées. 

Distinguer entre ces différentes notions permet pourtant de comprendre pourquoi être « gens du voyage » (ou Voyageur comme ils se nomment entre eux) n'implique pas systématiquement l'appartenance à un groupe ethnique (par exemple Rom) ; et à l'inverse qu'être Rom n'implique pas systématiquement un statut administratif particulier ni une pratique d'habitat ou d'activité économique spécifique (par exemple, vivre en caravane, voyager ou être forain). Par ailleurs, les uns et les autres peuvent être parfaitement "intégrés" dans la société française par leurs pratiques culturelles, sociales, professionnelles... Le Voyage n'est pas en soi une pratique « anormale » et ne fait pas, de quelqu'un, un étranger. De même, un « étranger » n'est pas non plus quelqu'un sans statut et sans droits. 

La désignation en tant que Rom fait référence à une origine présumée et à la continuité de pratiques culturelles dans la durée. Comme le terme « Tsigane » qui a généralement remplacé en France les termes « Bohémiens », « Romanichels » ou « Gitan », le sens donné est générique. Mais cette dénomination ainsi que celle de Manouche, Sinti, Gitan est également utilisée pour distinguer des groupes plus précis. 

Une confusion existe donc déjà dans l'utilisation de ces termes à la fois génériques et restrictifs. Ils peuvent aussi être associés à un pays ou une région. Il existe par exemple des Manouches allemands (ou Sinti allemands) et des Manouches français et des Sinti piémontais. De même, il y a des Roms roumains, bulgares, mais aussi français depuis plusieurs générations. Pour distinguer entre les différents groupes Roms, le qualificatif de « migrant » s'impose pour de nouveaux arrivants. Par ailleurs, certains groupes, comme les Yéniches (non tsiganes) ont adopté le mode de vie et la culture du voyage longtemps communs aux Tsiganes. Les délimitations entre ces groupes sont de plus devenues floues par le métissage entre eux (comme à l'évidence pour tout autre groupe humain : quel individu pourrait en effet se prétendre issu d'une seule origine ou identité ?). 

L'expression "gens du voyage", relativement récente et franco-française est le résultat d'une perception plus administrative et sociologique. C'est une logique propre de l'administration (avec les lois de 1912 et 1969 qui ont fixé des statuts précis – et discriminants) qui a fait émerger cette dénomination. L'observation de pratiques communes (pas nécessairement liées à une origine présumée, mais partagées par la majorité du groupe ou considérées comme « normales » par ce groupe, c'est-à-dire normatives) l'a pérennisée. Aujourd'hui, l'utilisation « traditionnelle » de l'habitat caravane définit principalement la catégorie des « gens du voyage ». 

L'utilisation de l'expression « gens du voyage » dans le sens générique attribué aux termes de Tsigane ou de Rom procède donc d'un amalgame entre une origine réelle ou présumée, et à la fois un statut juridico-administratif spécifique et la référence à des pratiques socio-économiques. Cet amalgame est encore présent dans le discours de la plupart des experts voire de quelques scientifiques. Il est trop souvent étendu, dans la représentation populaire et chez des « politiques » populistes à une présomption de marginalité voire de dangerosité ou de délinquance constitutive ou structurelle. 

À côté de ces précisions, il serait par contre improductif de nier des réalités que chacun peut être amené à observer concernant des individus appartenant aux populations désignées par ces différentes appellations en disant que tout va bien. Sans chercher à justifier ou simplement dédouaner les comportements condamnables de certains (là aussi il faut faire attention à comment les choses sont dites), on doit cependant expliquer en quoi, comme pour d'autres populations exclues ou ayant le sentiment d'être exclues, ils peuvent être liés aux conditions de vie difficiles d'une grande partie (mais pas non plus de la majorité) si l'on veut pouvoir apporter des réponses politiques efficaces et justes. Sachant qu'elles ne seront efficaces que si elles sont justes et élaborées par des citoyens « concernés », c'est-à-dire connus et reconnus.

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