Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule
Lors de la récente élection municipale de Corbeil-Essonnes, la victoire de l'équipe sortante, qui avait été invalidée pour fraude, est venue confirmer à quel point les règles politiques pratiques s'avèrent souvent plus puissantes que les principes de la morale démocratique et même, parfois, que les normes de droit. Comment comprendre autrement la remarque en forme d'aveu d'impuissance formulée par la sociologue Dominique Schnapper dans sonlivre d'observation-participation au sein du Conseil Constitutionnel dont elle fut neuf ans membre: «A quoi bon annuler une élection, avancent les conseillers, lorsque le candidat invalidé va être triomphalement réélu?».
C'est l'une des énigmes démocratiques classiques qui s'est trouvée ainsi de nouveau soulignée dans le fief de Serge Dassault: alors qu'interrogés par sondages les citoyens se déclarent de plus en plus persuadés d'un haut niveau de corruption de leurs élus et dirigeants politiques, et confient leur ferme réprobation, ces mêmes citoyens n'en tiennent que très rarement rigueur devant les urnes.
Depuis plus d'un siècle le paradoxe intéresse les observateurs américains de la politique. Dès 1904, The Shame of the Cities, une vaste enquête journalistique de Lincoln Steffens dénonçait, dans la plus pure tradition dumuckracking, tout en essayant de le comprendre, l'échec des politiques de lutte anti-corruption dans six grandes villes. Souvent débarrassée de jugements moraux naïfs, toute une littérature noire, de La Moisson rouge auPetit Caesar, documentera le phénomène en attendant qu'à la fin des années 1960, le sociologue John A. Gardiner vienne étudier une ville de la côte Est qu'il choisit d'anonymiser en lui donnant le nom fictif de Wincanton. Il rompt avec les approches normatives et/ou idéalistes de la politiques en refusant de comparer la situation de la ville qu'il étudie avec ce que serait celle d'une cité vertueuse, il neutralise également tous les éléments personnels qui invitent à une lecture psychologisante pour mieux s'intéresser à une réalité sociale sur laquelle il ne porte pas de jugement : la «corruption».
Sources : http://www.mediapart.fr/journal/france/271210/pourquoi-la-corruption-ne-gene-pas-les-electeurs