Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule
« Pendant une période de deux ou trois mois, j'ai eu un délire mystique. J'allais pleurer dans la cathédrale, m'abîmant en prières et repentirs devant les saintes statues que j'avais tant vénérées. Je pleurais dans mon lit... À partir de là, je suis devenu complètement perturbé et je me suis mis à faire plein de sottises de gamin. Je ne travaillais plus, j'étais dans un autre monde. Je faisais des rêves complètement fous. Je crois que c'est là que s'est éveillée ma différence, mon homosexualité. Il y a un glissement qui s'est fait. Avec mes camarades de classe, je ne me privais pas. Mais je ne me confessais plus. Un jour, on a voulu me forcer à me confesser et j'ai avalé une grosse pièce de cinq francs. Cela m'a conduit à la clinique Saint-Cosme pour être opéré de l'appendicite.
« Mon oncle s'apercevait d'un changement très profond chez moi. En 1953, il a effectué un voyage à Rome, pour la consécration du cardinal Grente, un personnage haut en couleur, membre de l'Académie française, un peu précieux sur les bords. Au retour de son voyage, mon oncle m'a fait parler un petit peu. J'étais complètement malade de ce qui se passait et j'ai fini par craquer.
« Je lui ai tout raconté. Mon oncle est devenu fou. Il est sorti de son bureau et il m'a dit: “Tu retournes à la psallette et tu restes tranquille”. Le lendemain, le père Blin n'était plus là. Tous les gamins se posaient des questions. On nous a dit que le père Blin était parti pour raisons de santé. Cela nous a bien fait rire qu'il soit victime de problèmes de santé du jour au lendemain, car il était vaillant et costaud. »
Omerta
« Je ne sais pas si les autres professeurs avaient connaissance de cela, mais ils se sont tus. En 1953, le père Blin était devenu le supérieur de la psallette, et en plus il avait une charge honorifique : il était maître de cérémonie du cardinal. C'était quelqu'un que tout le monde craignait. Après, j'ai su par le maître d'hôtel du cardinal, et d'autres personnes, qu'il avait des mœurs que l'on disait légères et que cela était connu.
« J'ai perdu sa trace. J'ai demandé à mon frère ce qu'il était devenu, mais il n'a jamais voulu me le dire. J'ai appris très récemment qu'après son renvoi de la psallette du Mans, il avait été envoyé à l'abbaye de Clairvaux, en Champagne-Ardenne. Et puis qu'il était revenu dans la Sarthe, comme auxiliaire à La Ferté-Bernard en 1966. Il en reparti presque aussitôt pour s'éteindre en 1967.
« Je savais que d'autres élèves étaient concernés parce que j'en parlais avec eux à l'époque. J'ai demandé à la psallette les archives et le nom des élèves, mais je n'ai jamais pu les avoir. On a refusé de me les donner. Avec les quelques noms qui me revenaient en mémoire, j'ai cherché sur internet et Facebook. J'en ai trouvé, je les ai contactés, mais ils ne m'ont pas répondu. »
A suivre .......