Overblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule

Publicité

«Pour ces prêtres, la confession était une alimentation de leurs fantasmes» (1) Sources Mediapart.

10 Août 2010

Par Thomas Cantaloube

C'est une histoire qui n'a pas été facile à raconter. Enfouie pendant des années, des décennies, au plus profond de son corps et de ses souvenirs. Il aura fallu que les affaires de pédophilie dans l'Église resurgissent, une fois de plus, au mois de mars 2010, et que Benoît XVI renâcle à les reconnaître et à s'en excuser, pour que Pierre Gouet décide de se confier. Abonné et lecteur fidèle de Mediapart, il a envoyé un email faisant part de son désir de parler, après une semaine de nuits sans sommeil. Pour raconter son histoire, à la fois emblématique et unique. Emblématique, parce que des gamins victimes de violeurs en soutanes, dans les années 1950, il y en a probablement eu des milliers rien qu'en France. Unique, parce que son contexte familial lui a fourni un point d'observation privilégié sur le fonctionnement de l'Église et sur ses connivences avec une partie de la droite française.

Il y a beaucoup de blancs dans l'enregistrement du témoignage de Pierre Gouet. Des hésitations, mais aussi de l'émotion contenue. Une douleur longtemps ravalée. Nous avons choisi de vous présenter son récit, en deux parties, de manière brute et extensive.

Pierre Gouet, le 10 juin 2010© Thomas Cantaloube

 

Origines

« Je suis un fils de paysan originaire de la Sarthe. Mon père a été prisonnier de guerre, déporté, et il est mort des suites de captivité en 1951. J'avais sept ans et demi. Le conseil de tutelle, présidé par mon oncle Julien Gouet, qui était vicaire général du cardinal Grente, a dit qu'il fallait que j'aille en pension. J'ai donc été envoyé à la psallette de la cathédrale du Mans.

« Ma mère était vivante, mère de huit enfants et vivait dans une petite ferme. Pour elle, c'était une certaine libération, même si j'ai su plus tard que c'était très dur pour elle de se voir dépouiller de ses enfants.

« Je suis rentré à la psallette en octobre 1951. C'était très difficile. J'étais un gamin complètement perdu. Mon frère, qui avait dix ans de plus que moi, était séminariste au Grand Séminaire du Mans. Pour la petite histoire, il a été surveillant de François Fillon à Saint-Michel-des-Perrais. Il était très turbulent... J'avais un autre oncle jésuite. Pour mon grand-père, le fait que ses enfants servent l'Église était une sorte de promotion. »

 

La psallette

« J'arrive à la psallette de la cathédrale du Mans en octobre 1951. On était aux alentours de quarante élèves. Il y avait un professeur qui s'appelait Georges Blin. Il était là depuis 1934. Ce n'était pas une pension très riche. Les parents donnaient des produits pour les repas des enfants. Ceux qui étaient riches donnaient des bonnes choses, et les fils de paysans comme moi n'apportaient pas grand-chose. Nous étions dans le fond du réfectoire, et on était les derniers servis.

 

La Cathédrale du Mans sur une vieille carte postale© DR

« C'était une vie d'étude assez rude. On se levait vers 6 heures le matin pour aller dans une cathédrale très froide. Celle du Mans est très belle, mais glaciale pour un gosse qui sort de son lit. On assistait ou on servait une messe. Après il y avait le petit-déjeuner et on filait aux études. Le chant, l'apprentissage du solfège et de l'harmonium, faisaient partie intégrante du cursus.

 

« Outre la vie scolaire, qui se déroulait selon un rythme habituel, il y avait la vie de loisirs des gamins. Les récréations, des films sur les saints. Et beaucoup de péplums. Cela chahutait un peu le gamin que j'étais, car dans ma famille tout ce qui avait trait à la nudité était caché. Insidieusement on nous faisait découvrir le corps de l'homme par une série de films sur les héros chrétiens qui se battaient quasi dénudés contre les lions au temps de César ou de Néron. Pour des gamins de huit-dix ans, surtout lorsqu'ils vivent en vase clos, cela travaille un petit peu... En plus, le confesseur nous faisait réfléchir sur le péché, revenant souvent sur ceux de la chair. Ce faisant chez un gamin qui devient progressivement adulte, il éveillait un questionnement intérieur. »

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article