Le véritable problème reste la situation politique à Bamako. Les pays occidentaux, au premier rang desquels la France, les États-Unis et le Canada, ont imposé la tenue d’élections présidentielles en juillet. Même si tout le monde semble convaincu qu’elles sont très compliquées à organiser et qu’elles ne vont pas produire le résultat qu’il aurait fallu pour le pays (un renouvellement de la classe politique qui a précipité le pays dans l’abysse), elles vont se tenir quand même. Quant à ce qui est du ressort propre des politiciens maliens, à savoir l’avancée des discussions de réconciliation avec le Nord du pays, elles sont au quasi point mort.
Le vice-président du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), l’organisation politique séparatiste qui a déclenché la crise en 2012, était présent à Paris cette semaine. Pour Mahamadou Djéri Maïga, les choses sont faites à l’envers : « Il aurait d’abord fallu discuter et commencer à élaborer un statut pour le Nord du pays sur lequel on s’entende et ensuite avoir des élections. En allant directement aux élections, on garantit que seul le Sud va voter et que rien n’avancera. » Son mouvement, qui travaille aux côté des soldats français dans la région de Kidal et plus au Nord, recommence à montrer les dents : il a récemment menacé de « se battre à mort », si jamais l’armée malienne voulait mettre le pied dans les villes au nord de Gao et Tombouctou. Mahamadou Djéri Maïga ajoute : « Je ne souhaite pas un retrait des Français tant qu’il n’y a pas de solution politique. »
Le député européen d’Europe Écologie Les Verts, François Alfonsi, soutien du MNLA, estime que « c’est à la France de faire se rencontrer le MNLA et le gouvernement de Bamako : c’est de la responsabilité de Paris, sinon, il n’y a pas de solution possible ». Un ancien ministre malien, qui préfère rester anonyme, ne dit pas autre chose : « Il ne faut pas se bercer d’illusions, c’est la France qui nous dirige aujourd’hui. C’est à Paris de faire avancer le processus politique. » Or on ne voit pas tellement de progrès aujourd’hui, malgré un changement d’ambassadeur qui devait justement favoriser une accentuation des pressions françaises.
Pouria Amirshahi, député PS des Français de l’étranger, qui a le Mali dans sa circonscription, est tout aussi inquiet : « Il y a un vrai risque d’enlisement politique. Ceux qui disent le contraire ne sont pas réalistes. La crise malienne est le résultat de cinquante années d’échec des politiques de développement et de soutien aux démocraties africaines. Il faut désormais totalement changer de braquet dans notre politique africaine. Ce n’est pas à la France de lancer des injonctions aux Maliens sur ce qu’ils doivent faire, mais il faut revoir dans la transparence notre coopération, nos accords de défense, etc. »
Le chantier est immense, mais Paris tergiverse. Un ancien ambassadeur français en Afrique estime que « le gouvernement Hollande semble fonctionner au ralenti. Il faudrait une “task force” ou quelque chose de ce genre, pilotée par une personnalité avec une surface médiatique, qui aille secouer les pays occidentaux pour obtenir des crédits de reconstruction et qui aiguillonne les pays africains ! Au lieu de cela, on semble attendre que l’ONU prenne la relève avec un représentant spécial. Bien sûr que l’on serait accusé de ressusciter la Françafrique, mais l’alternative de l’immobilisme est une solution bien pire ».
Le risque pour la région est bien identifié : reprise des trafics en tous genres (drogues, armes, migrants), recrudescence des attentats contre les intérêts occidentaux et partition de facto et désorganisée du Mali. Et, comme le souligne dans une de ses notes le think tank Terra Nova, proche du PS, « chacun comprend l’importance majeure de l’enjeu sécuritaire, d’autant qu’il présente une dimension de politique intérieure : en cas d’enlisement, ou au pire d’échec de la communauté internationale dans la reconstruction du Mali, et plus globalement dans la sécurisation de la région, une intensification d’attentats et de prises d’otages serait à craindre, au Mali (y compris sans doute cette fois à Bamako même, où l’islamisme a progressé depuis dix ans) ou dans les pays voisins. Ce ne serait, bien entendu, pas sans conséquences pour l’image du gouvernement dans l’opinion française – et les prochaines échéances électorales ». Autrement dit, même s’il ne l’a pas cassé, le Mali appartient désormais à François Hollande, et tout échec à remettre le pays sur pied lui sera imputé, y compris lors des élections françaises.
Sources : Mediapart