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Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule

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Mali : le risque d'enlisement est politique

Comme prévu par la Constitution française, l’Assemblée nationale et le Sénat ont approuvé cette semaine la prolongation du déploiement des soldats français au Mali. À l’exception des députés du Front de gauche qui se sont abstenus, les parlementaires français ont voté sans sourciller la prolongation des opérations militaires françaises entamées début janvier. Néanmoins, il est un mot que l’on commence à entendre de plus en plus souvent, dans les rangs de l’opposition comme de la majorité, à propos de la position française au Mali : « enlisement. »

Bien entendu, ce terme est fréquemment employé lors de toutes les interventions militaires occidentales de ces dernières années par tous ceux qui sont mal à l’aise, voire carrément opposés, à l’emploi de la force. On l’a tellement entendu employé trop rapidement (lors de la rébellion libyenne ou lors de la phase initiale de l’invasion de l’Irak qui n’a duré que quarante jours) qu’il est devenu suspect alors qu’il décrit parfois un vrai risque, comme en Afghanistan.

Au Mali, l’intervention armée des troupes françaises a jusqu’ici été un succès mais, comme toutes les guerres modernes, le militaire n’en est que l’aspect le plus immédiat. C’est la partie politique qui déterminera le sort final de cette opération. Comme l’avait annoncé le secrétaire à la Défense Colin Powell à la veille du déclenchement de la guerre d’Irak : « Si vous le cassez, vous en êtes le propriétaire. » La France n’a pas « cassé » le Mali – la classe politique malienne et les djihadistes s’en sont chargés eux-mêmes – mais il est indéniable qu’elle est aujourd’hui en charge de faire redémarrer le pays. Et qu’elle est aussi comptable d’avoir déployé des troupes au sol dans une zone et une situation hautement combustibles, comme on vient de le voir avec l’attentat contre l’ambassade de France à Tripoli, que la plupart des analystes relient à ce qui se passe au Mali.

Le député UMP Pierre Lellouche, qui a notamment travaillé sur l’Afghanistan, ne s’y trompe pas : « Nous avons nettoyé, nous avons donné un coup de pied dans la fourmilière. D’accord, nous avons fait la première partie du boulot. Mais maintenant, à qui rend-on les clefs ? C’est le volet politique qui conditionne la sortie de notre armée et la réconciliation nationale malienne. Or tout cela n’est pas au rendez-vous. » Le son de cloche est identique du côté d’un rapport sénatorial co-signé par Jean-Pierre Chevènement et Gérard Larcher : « Le principal risque aujourd’hui est celui d’un enlisement du processus politique malien et d’une absence de réconciliation. Ce serait pour la France et la communauté internationale le pire des scénarios. » Et Lellouche de conclure : « Il y a un risque d'enlisement politique majeur, qui entraînerait un risque d'enlisement militaire. »

François Hollande avait annoncé un premier retrait de soldats français pour avril, et c’est ce qui s’est produit. Mais ce premier retour de troupes – quelques centaines d’hommes – est pour l’heure essentiellement cosmétique : il vise avant tout à ne pas faire mentir le président de la République. Il y a encore aux alentours de 4 000 soldats tricolores présents au Mali. La résolution du Conseil de sécurité de l’ONU votée jeudi 25 avril, qui prévoit le déploiement de 12 600 Casques bleus à compter du 1er juillet, était ardemment souhaitée par Paris, mais ses contours demeurent encore flous. D’où vont venir les quelque 6 000 soldats qui manquent entre les effectifs prévus par l’ONU et ceux actuellement déployés par les pays de la Cédéao ? De plus, la compétence de ces forces est sérieusement critiquée en coulisses.

La France a prévu de réduire le nombre de ses troupes à 1 000 fin 2013, mais certains pays demeurent sceptiques. « Sachant que tout repose actuellement sur les soldats français, qui ont fait un travail remarquable et dont les Maliens attendent tout, je ne suis pas sûr qu’un tel retrait soit réaliste si l’on veut préserver les acquis de l’intervention », avance un ambassadeur européen au Mali interrogé par Mediapart.

« Il faut désormais totalement changer de braquet dans notre politique africaine »

Le véritable problème reste la situation politique à Bamako. Les pays occidentaux, au premier rang desquels la France, les États-Unis et le Canada, ont imposé la tenue d’élections présidentielles en juillet. Même si tout le monde semble convaincu qu’elles sont très compliquées à organiser et qu’elles ne vont pas produire le résultat qu’il aurait fallu pour le pays (un renouvellement de la classe politique qui a précipité le pays dans l’abysse), elles vont se tenir quand même. Quant à ce qui est du ressort propre des politiciens maliens, à savoir l’avancée des discussions de réconciliation avec le Nord du pays, elles sont au quasi point mort.

Le vice-président du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), l’organisation politique séparatiste qui a déclenché la crise en 2012, était présent à Paris cette semaine. Pour Mahamadou Djéri Maïga, les choses sont faites à l’envers : « Il aurait d’abord fallu discuter et commencer à élaborer un statut pour le Nord du pays sur lequel on s’entende et ensuite avoir des élections. En allant directement aux élections, on garantit que seul le Sud va voter et que rien n’avancera. » Son mouvement, qui travaille aux côté des soldats français dans la région de Kidal et plus au Nord, recommence à montrer les dents : il a récemment menacé de « se battre à mort », si jamais l’armée malienne voulait mettre le pied dans les villes au nord de Gao et Tombouctou. Mahamadou Djéri Maïga ajoute : « Je ne souhaite pas un retrait des Français tant qu’il n’y a pas de solution politique. »

Le député européen d’Europe Écologie Les Verts, François Alfonsi, soutien du MNLA, estime que « c’est à la France de faire se rencontrer le MNLA et le gouvernement de Bamako : c’est de la responsabilité de Paris, sinon, il n’y a pas de solution possible ». Un ancien ministre malien, qui préfère rester anonyme, ne dit pas autre chose : « Il ne faut pas se bercer d’illusions, c’est la France qui nous dirige aujourd’hui. C’est à Paris de faire avancer le processus politique. » Or on ne voit pas tellement de progrès aujourd’hui, malgré un changement d’ambassadeur qui devait justement favoriser une accentuation  des pressions françaises.

Pouria Amirshahi, député PS des Français de l’étranger, qui a le Mali dans sa circonscription, est tout aussi inquiet : « Il y a un vrai risque d’enlisement politique. Ceux qui disent le contraire ne sont pas réalistes. La crise malienne est le résultat de cinquante années d’échec des politiques de développement et de soutien aux démocraties africaines. Il faut désormais totalement changer de braquet dans notre politique africaine. Ce n’est pas à la France de lancer des injonctions aux Maliens sur ce qu’ils doivent faire, mais il faut revoir dans la transparence notre coopération, nos accords de défense, etc. »

Le chantier est immense, mais Paris tergiverse. Un ancien ambassadeur français en Afrique estime que « le gouvernement Hollande semble fonctionner au ralenti. Il faudrait une “task force” ou quelque chose de ce genre, pilotée par une personnalité avec une surface médiatique, qui aille secouer les pays occidentaux pour obtenir des crédits de reconstruction et qui aiguillonne les pays africains ! Au lieu de cela, on semble attendre que l’ONU prenne la relève avec un représentant spécial. Bien sûr que l’on serait accusé de ressusciter la Françafrique, mais l’alternative de l’immobilisme est une solution bien pire ».

Le risque pour la région est bien identifié : reprise des trafics en tous genres (drogues, armes, migrants), recrudescence des attentats contre les intérêts occidentaux et partition de facto et désorganisée du Mali. Et, comme le souligne dans une de ses notes le think tank Terra Nova, proche du PS, « chacun comprend l’importance majeure de l’enjeu sécuritaire, d’autant qu’il présente une dimension de politique intérieure : en cas d’enlisement, ou au pire d’échec de la communauté internationale dans la reconstruction du Mali, et plus globalement dans la sécurisation de la région, une intensification d’attentats et de prises d’otages serait à craindre, au Mali (y compris sans doute cette fois à Bamako même, où l’islamisme a progressé depuis dix ans) ou dans les pays voisins. Ce ne serait, bien entendu, pas sans conséquences pour l’image du gouvernement dans l’opinion française – et les prochaines échéances électorales ». Autrement dit, même s’il ne l’a pas cassé, le Mali appartient désormais à François Hollande, et tout échec à remettre le pays sur pied lui sera imputé, y compris lors des élections françaises.

 

Sources : Mediapart

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