Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule
« Quand mon oncle était avec Villot, à l'archevêché de Paris, ils ont fait nommer un prêtre, qui s'est avéré pédophile, dans ma petite paroisse de campagne. Il n'a pas fait long feu, parce que les gens se sont plaints. Il aimait plutôt les petites filles. Il n'y a pas eu de procès, l'affaire a été étouffée. Ça m'a paru curieux de la part de mon oncle. Mais avec son sens inné du pardon, il pouvait faire n'importe quoi. Les catholiques s'autorisent à faire des choses qui sont contraires à la loi. Il savait que ce prêtre était pédophile. Il l'a nommé histoire de rendre service à son ami cardinal, en pensant qu'il se calmerait dans une paroisse de campagne. Le prêtre a été évacué...
« Mon frère, lui, était prêtre dans une paroisse du nord de la Sarthe. Dans une de ses affectations, il a remplacé un prêtre, à Malicorne, pas très loin de Sablé, qui s'occupait beaucoup des petits scouts. Il fallait toujours tout étouffer. Les prêtres pédophiles, on les fait tourner. Même mon frère est terrible pour cela. Quand on lui parle, c'est la chape de plomb qui tombe. Dans les réunions de famille ou en petit comité, parfois, il parlait de ces histoires de prêtres pédophiles. Il disait: “Le prêtre untel, il s'occupait beaucoup des petits scouts et il y a eu des problèmes avec les familles de Malicorne. Moi je ne tiens pas à avoir la même chose.” Alors il a fermé la petite alcôve où les scouts montaient avec le père curé. Il y avait une alcôve en hauteur, où il fallait monter par une petite corde que le prêtre tirait. C'était inaccessible. Il pouvait faire n'importe quoi là-haut, personne ne s'en rendait compte. C'est un peu fou... »
La grande figure de la vie de Pierre Gouet est son oncle et tuteur Julien Gouet: résistant durant la guerre, puis notable religieux dans la Sarthe et enfin agent de l'ombre entre Église et État, conseiller de De Gaulle et proche de la famille Pompidou. Un homme qui avait autant d'amis en politique que dans les ordres, qui a travaillé avec Roger Etchegaray, Jean-Marie Lustiger ou l'actuel président de la Conférence des évêques de France, André Vingt-Trois. Et qui a hébergé le criminel contre l'humanité, Paul Touvier, chez lui.
Mon oncle
« De 1960 à 1966, mon oncle Julien Gouet était secrétaire de l'épiscopat. Il a négocié avec brio la loi sur l'enseignement privé. Il voulait que cela aboutisse, car il n'aimait pas les libres penseurs et les francs-maçons. Il voulait prendre une revanche sur la loi Combes de séparation de l'Église et de l'État. De Gaulle était un peu réticent, mais comme les catholiques de l'époque étaient un bon vivier d'électeurs pour lui, il n'a pas été trop regardant et il a laissé faire ses ministres. J'ai entendu Jean Foyer (garde des Sceaux de 1962 à 1967) dire à mon oncle: “Vous faites une directive auprès des évêques pour que, dans les paroisses de France, on dise qu'il faut voter pour le Général.”
« Mon oncle était aussi un des conseillers de De Gaulle, mais il ne voulait pas en parler. Il s'occupait des relations entre le général et l'Église. Mais il a été énormément troublé quand Bastien-Thiry a été exécuté. Après, il a cessé d'aller voir de Gaulle. Mais il est resté ami de la famille Pompidou, il a marié son fils Yves, il est intervenu quand il y a eu des ragots sur la vie privée de Madame Pompidou.
« C'était un gros bosseur, un homme de dossiers, une figure de l'ombre. Ce n'était pas une personne capable d'animer un diocèse, mais un homme d'appareil. Il était brillant, secret, efficace, mais il y avait deux visages en lui. Celui de l'ombre, pas très joyeux, et celui de la réussite, qui n'était quand même pas si mal. Il a logé dans plusieurs hôtels particuliers que possédait l'Église, notamment la maison de Mata Hari, où s'est fait le mariage de ma sœur. C'était assez cocasse. Il y a eu l'hôtel de la rue du Bac, la résidence en face Matignon, 53, rue de Varenne. Quand on fait le tour des biens que possèdent les institutions religieuses dans Paris ou ailleurs, c'est affolant... Il a refusé la nomination d'archevêque de Bordeaux. Il aurait pu être cardinal. Mais la charge d'un diocèse était quelque chose qu'il ne voulait pas renouveler. Il avait un ami, qui lui a succédé, le cardinal Etchegaray, qui était d'une autre trempe. Il était d'une simplicité..., c'était l'antithèse de mon oncle.
A suivre ..............