Pour bon nombre d’algériens, la fête de l’indépendance de l’Algérie qui a eu lieu le 5 juillet 2010 est passée inaperçue. Les algériens préfèrent supporter leur équipe nationale qui les a fait vibrer depuis plusieurs mois plutôt que de glorifier leurs martyrs. Ballade à Alger un jour de commémoration.
Aujourd’hui 5 juillet 2010, jour du 48e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Le quotidien El Moujahid titre : « Paix, liberté et justice ». Son contenu qualifie l’indépendance de « repère de base pour le peuple », il décrit une Algérie « qui marche avec son président pour sa sincérité et la confiance qu’il inspire à ses compatriotes ». Liberté cite en Une l’ancienne Moujahida (combattante de la guerre de libération) et sénatrice Zohra Drif qui parle d’« une France qui n’en finira jamais avec son passé Algérien ». A la radio, les témoignages de ceux qui ont fait l’indépendance affluent de toute part.
Je me trouve à Alger dans le quartier populaire et mythique Saint Eugène, tout près de Bab El Oued. J’ai envie moi aussi de sortir pour fêter ce jour unique. Lorsque je demande à mon voisin Mouhad, âgé de 25, de m’accompagner pour fêter l’indépendance, il ne comprend pas mon engouement. Il n’a pas l’air de se rendre compte de l’importance d’un tel évènement. Pourtant, selon le quotidien El Moudjahid, « c’est sans doute le plus beau dans la mémoire et dans la vie de tous les algériens ».
Mouhad est tout de même d’accord pour m’accompagner mais en chemin il embraye immédiatement sur le football. Il me parle de l’équipe nationale comme de sa nouvelle patrie : Ziani, Bouguerra, Yahya ont remplacé dans sa mémoire les martyrs Amirouche, Lakhdar et Hassiba.
Arrivée au centre ville d’Alger, je veux percevoir l’émotion du peuple algérien devant cette page de son histoire. Une étape qui a fait couler beaucoup d’encre en France ces derniers mois à l’occasion notamment de la sortie du film de Rachid Bouchareb « Hors-La-Loi ». Silence. Les drapeaux plus nombreux que les algérois, flottent dans le vide au dessus du port. Pas de trace de joie, pas de larmes, pas de youyous nationaux. La tranquillité de la rue tranche avec l’effervescence médiatique. On ne perçoit que le bruit des paquebots qui pointent à l’horizon. « Le jour de la victoire de l’équipe nationale, l’avenue Didouche Mourad (équivalent de nos Champs-Élysées) était à craquer, il y avait des embouteillages partout, ça klaxonnait dans tous les sens » me raconte Mouhad.
Comparer le foot à l’indépendance, quelle drôle d’idée !
Mouhad ajoute « y en a marre de l’indépendance, il faut laisser ça aux vieux … eux ils sont bloqués à 62. L’indépendance c’est fini depuis longtemps ».
Nous traversons le port. Mouhad me dit que ce soir il y aura sûrement de la musique « ou quelque chose comme ça sur la place». Je prends des photos de bateaux et nous finissons par parler d’autre chose…
J’ai interrogé il y a quelques semaines, l’historien Jean Jaques Jordi sur le processus de mémoire concernant la guerre de l’indépendance. Ce spécialiste de l’Algérie concluait l’entretien en disant : « Si l’on continue en France, de penser que la guerre d’Algérie comme les désordres dans les banlieues sont la faute des Algériens ; si on continue, en Algérie, sans cesse, de glorifier les martyrs du FLN, on restera des deux côtés sur des positionnements stériles. La page de la guerre d’Algérie ne pourra pas être tournée ».
Incontestablement, la commémoration du 48e anniversaire de l’indépendance est un non-évènement pour les algériens, comme s’ils ne partageaient pas les sentiments critiques de leurs dirigeants à l’égard de la France. Faut il y voir le signe qu’ils sont prêts pour une véritable réconciliation avec les Français ?
Alger, Fatiha Temmouri