Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule
Début janvier, dans le quotidien Le Monde, le sociologue et philosophe Edgar Morin nous invite à prendre quelques résolutions fondamentales pour l’année 2010 (et celles qui suivront). Réflexions sur cet éloge de la métarmophose nécessaire si nous souhaitons éviter la désintégration du "système Terre".
Une désintégration probable
Brièvement, il fait la description d’un système Terre sur la mauvaise pente, parcouru par un ensemble de vils "processus" et incapable de prédire ce que l’avenir lui réserve. Pour éviter la désintégration du système, il estime que nous devons rapidement et radicalement changer de trajectoire.
Mais comment sortir des rails lorsque nous sommes aux commandes d'une locomotive ? Edgar Morin, plein d’entrain, préconise de lui fabriquer des ailes de sorte qu’elle prenne son envol. A la lecture de cette proposition, nous réfrénons un sourire moqueur puis, par respect, nous contentons de murmurer : "c’est impossible". Pourtant, au fond de nous, une chose s’est mise en branle. D’abord, nous détestons le mot impossible - qui d’ailleurs n’est pas français - parce que nous croyons fortement au progrès humain et parce que nous sommes toujours subjugués par l’intelligence de nos congénères (Steve Jobs par exemple).
Si nous avons prononcés ces mots dubitatifs, c’est seulement parce que nous craignons une métamorphose inversée. Aujourd’hui, nous avons le sentiment de pouvoir voler alors il n’est pas question de se transformer en chenille. Nous ne voulons pas faire une croix sur notre maison idéale, sur notre postérité, sur nos vacances à l’autre bout du Monde ou sur le contenu de notre assiette
Une peur viscérale
L’éloignement de ces rêves nous pétrifie. Pour les plus désabusés d’entre nous, une question s’impose : "Ne vaut-il pas mieux voler à cent que ramper à mille ?". Nos sociétés occidentales autorisent encore ce genre de réflexion ethnocentrique. Au fond, se disent les prétendus réalistes, si nous préservons nos forces actuelles de défense, ce sont les pays pauvres qui subiront les effets négatifs de la raréfaction des ressources et du changement climatique. Cette pensée est terriblement courte et tout à fait inadmissible. Elle hypothèque toute chance de coopération future et ouvre la porte à de nouvelles insécurités dans un Monde qui a déjà une peur bleue.
La peur d’un sac abandonné dans le métropolitain, de prendre l’avion pour atterrir dans un mur, de visiter un pays et d’y rester enfermé dans une geôle, de donner le jour à des enfants que la Terre ne pourra pas nourrir, de travailler jusqu’à sa mort pour payer la retraite de ses parents, de perdre son emploi à cause des délocalisations ou d’une crise financière, d’apercevoir un champignon de fumée dans le ciel puis de s’endormir à jamais, etc.
La métamorphose possible
Pour sortir de cette spirale infernale, Edgar Morin nous invite à "énoncer" des solutions en se servant de notre peur viscérale comme moteur. Selon lui, il n’est plus l’heure de se morfondre, il est temps d’innover et de coordonner ce qui est entrepris : "il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de la vie".
A travers cette citation, nous sentons bien que le chercheur du CNRS lie étroitement le système Terre au système Humain. Edgar Morin part du postulat que changer le Monde, c’est avant tout changer l’humain. L’homme doit comprendre que, contrairement à la célèbre morale de Huis Clos, l’enfer ce n’est pas l’autre. L’enfer, c’est sans lui. Afin d’éviter l’abîme, l’homme va devoir, dans un mouvement contradictoire, limiter ses déplacements mais regarder plus loin. Il va devoir retrouver une production locale mais renforcer sa coopération culturelle. Et surtout, il va devoir s’épanouir en se dégageant des contingences matérielles. Ces changements nécessaires, jeunesse et sagesse les acceptent bien. Malheureusement, elles n’ont pas ou plus les capacités d’agir efficacement. La responsabilité de notre avenir incombe donc aux hommes et aux femmes qui se trouvent entre ces deux catégories, les actifs.
Dans cette action à proprement dite, la raison doit succéder à la passion. Aux prémisses, la passion est nécessaire car elle souligne les risques et les opportunités d’un système, pointant du doigt la direction à suivre. Cependant, elle s’aveugle vite en imaginant seulement le pire ou le meilleur. Elle fait vivre dans des projections que nous ne savons ni construire ni déconstruire. Aujourd’hui, il devient urgent que la raison, à travers le travail des diplomates, des chercheurs et des chefs d’entreprise, se focalise sur le remaniement de nos sociétés dans une perspective pérenne et éthique.
L’étape de la chrysalide
Une fois qu’on a déterminé les acteurs du changement, une question reste en suspend : Comment procéder pour que la métamorphose ne soit ni trop violente ni trop meurtrière ni trop discriminatoire ? Edgar Morin évoque cette étape de la chrysalide au cours de la quelle une destruction précède la reconstruction. Nous sommes partants pour devenir moins esclaves du système, pour une nouvelle temporalité et pour notre épanouissement personnel. En revanche, nous craignons la transition autoritaire et les fausses promesses. Quelle voie suivre pendant la chrysalide ? Les changements climatiques sonnent comme le dernier cri de la nature, proclamant l’échec du leadership masculin sur Terre. Peut-être, est-ce autour des idées féminisées de nous guider ? Peut-être est-ce au tour des nations originaires de Vénus de se montrer force de proposition ?
En tout cas, l’histoire est loin d’être achevée. Souvent, notre génération rougit parce qu’elle n’a pas connu la guerre mais nous ne sommes pas encore la génération tirée d’affaires. Nous sommes à l’aube d'une des décisions les plus essentielles depuis les débuts de notre espèce : nous sommes donc une génération cruciale pour l'avenir de l'humanité !
| auteur: Guillaume Capelle en savoir plus sur l'auteur |