Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule
Les appels au Principe de Précaution se multiplient comme des champignons après l'orage. Si l'on en croit les Cassandre, entre autres fléaux, les ondes électromagnétiques et les perturbateurs endocriniens sont de redoutables dangers invisibles qui envahissent notre monde et sont en train de détruire nos cerveaux et nos spermatozoïdes - ce qui devrait in fine mener à la disparition de notre espèce!
Vivre est extrêmement dangereux: on en meurt toujours.
Il semblerait qu'on l'ait oublié ! Et pourtant, cette prise de conscience par l'Homme a été fondatrice de sa singularité au sein du monde du vivant. En cela, dire que le risque zéro n'existe pas est un euphémisme par litote qui frise l'humour noir. Ce risque fatal inévitable est au centre de gravité de l'histoire humaine et nourrit son mystère depuis des millénaires, qu'il s'inscrive dans les jeux de pouvoir (la guerre, la religion) ou l'évolution des idées (philosophie, art, science).
La civilisation occidentale moderne a pour caractéristique culturelle d'escamoter ce risque ultime du champ de notre vécu. Place au transport anonyme des cadavres et à l'interdiction de les exposer en public, aux réanimations à durée indéterminée, à la valorisation d'une humanité vieillissante triomphante appareillée de la tête aux pieds, aux artistes en quête d'immortalité - le plus beau des risques selon Socrate. Pour mieux masquer la réalité inéluctable de notre disparition individuelle, nous l'avons métamorphosée en mythe. Les situations qui mènent à la mort sont gérées sur le mode virtuel dans les médias, les films et les jeux électroniques. Désormais, notre expérience terminale se fait par procuration grâce à la représentation pixélisée des catastrophes et des conflits lointains, des faits divers ou lors de grandes messes mortuaires.
Les représentations collectives du risque ne sont pas simplement affaire de technologie, de science, de psychosociologie, de culture, de politique, d'économie. Elles s'inscrivent dans un imaginaire commun forgé par l'Histoire. Ainsi, selon Cioran, depuis la Révolution, la France présente «une intolérance à l'avenir». Son incapacité à prendre des risques entraîne sa décadence. «Il est naturel qu'un peuple qui se meurt ne veuille pas mourir. La vieillesse historique, comme la vieillesse individuelle, est un culte de la vie par manque de vie. C'est la flétrissure caricaturale du devenir...», expliquait-il.