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oiffé de son éternel bonnet rouge sombre, Mamadou Tandja, 71 ans, qui tente de se maintenir coûte que coûte au pouvoir après dix ans à la tête du Niger, promène sa haute et longiligne silhouette sur la vie politique du pays depuis 35 ans. Parcours au départ tout ce qu'il y a de classique pour le jeune Tandja né dans le lointain département de Diffa (sud-est), frontalier avec le Nigeria et le Tchad, à un millier de kilomètres de Niamey : après des années de formation militaire au Mali et à Madagascar, on l'envoie diriger plusieurs garnisons dans le pays. Cet obscur militaire commence à faire parler de lui en avril 1974 lorsqu'il participe au renversement du premier président du Niger indépendant, Diori Hamani, par le général Seyni Kountché (mort au pouvoir en 1987). Le nom de Mamadou Tandja, membre de l'ethnie minoritaire kanouri, est dès lors associé à ce régime dont beaucoup de Nigériens ont la nostalgie, les années qui l'ont suivi ayant été marquées par une instabilité politico-sociale et un appauvrissement dramatiques. Sous Kountché, Mamadou Tandja commence vraiment à goûter à la politique et au pouvoir, un virus dont il ne se débarrassera jamais : deux fois préfet, ministre de l'Intérieur, ambassadeur du Niger au Nigeria. Il est encore ministre de l'Intérieur de mars 1990 à mars 1991, dans le gouvernement du président Ali Saïbou. Cette fois on se souviendra surtout de lui pour la sanglante répression en mai 1990 d'une manifestation de Touareg à Tchintabaraden qui avait fait 63 morts. S'en suivirent quatre ans de rébellion touareg (1991-1995). La question touareg le pousuivra d'ailleurs jusqu'à la présidence: ces deux dernières années, l'ancien militaire à dû faire face à une résurgence de cette rébellion avec l'apparition du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ). Pour le président, pas question de discuter avec des "bandits", dira-t-il souvent avec un entêtement rare quand tout le monde, même le parlement, le pressait de discuter. Entêté et persévérant, Mamadou Tandja l'est assûrément. Avant son accession en 1999 à la magistrature suprême, il avait tenté deux fois sa chance aux présidentielles en 1993 et en 1996. La troisième fut la bonne: le 22 décembre 1999, l'homme aux lunettes jaunes légèrement fumées devenait président et succédait au commandant Daouda Mallam Wanké, au pouvoir depuis l'assassinat le 9 avril de la même année du président Ibrahim Baré Maïnassara. Réélu facilement en décembre 2004, il avait battu au second tour avec 65,53% des voix le chef de file de l'opposition, le socialiste Mahamadou Issoufou. Celui-là même qui aujourd'hui accuse son ancien rival d'avoir monté un coup d'Etat pour se maintenir au pouvoir, alors que constitutionnellement Mamadou Tandja devait se retirer fin 2009. Aujourd'hui, il y a un "mystère Tandja", juge un observateur: le pays est en paix depuis dix ans, l'économie s'est redressée, il a finalement commencé à parler avec les rebelles touareg, les relations avec l'ancienne métropole (la France) sont bonnes, "il aurait pu partir avec le sentiment du devoir accompli et entrer comme d'autres anciens présidents dans la catégorie des +sages de l'Afrique+". S'exprimant jeudi en Côte d'Ivoire sur le thème "y a-t-il une vie après le palais?", l'ancien président sénégal Abdou Diouf avait répondu sans hésitation "Oui!". Un cri du coeur qui, visiblement, n'est pas partagé par l'ex-colonel Tandja.