Président du Niger, Mamadou Tandja, qui veut se maintenir à la tête de
l’Etat à l’issue de son second mandat au mépris de la Constitution de son pays
qui le lui interdit, a durci son bras de fer avec tous ceux qui s’opposent à son
dessein en dissolvant l’Assemblée nationale du Niger, le 26 mai 2009.
LA DISSOLUTION DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE
OU LE GRAND SAUT DANS L’INCONNU
Cette décision a été prise au lendemain de l’avis de la Cour constitutionnelle qui
concluait que « le Président de la République ne saurait engager ou poursuivre le
changement de la Constitution sans violer son serment ». Cet avis aurait pu autoriser
les députés à demander que le chef de l’Etat soit traduit devant la Haute Cour de
Justice pour « haute trahison ». Dans un message à la Nation, le 29 mai, Mamadou
Tandja a confirmé son intention d’organiser un référendum constitutionnel qui
instaurerait une période de transition de trois ans pendant laquelle il assumerait la
magistrature suprême. Cette épreuve de force crée une situation inédite qui peut
être propice à un coup d’Etat militaire d’autant que l’Armée nigérienne est omniprésente
dans la vie politique du pays depuis 1974.
La dissolution de l’Assemblée nationale contraint à l’organisation d’élections législatives
dans un délai de 45 à 90 jours. Le calendrier électoral très chargé en 2009
venait d’être fixé peu avant l’initiative présidentielle (élections locales le 25 octobre,
élection présidentielle le 14 novembre pour le premier tour et le 6 décembre pour le
second, élections législatives le 28 novembre).
MAMADOU TANDJA
Ancien officier supérieur de l’Armée, ancien préfet, le Président Tandja, alors à la
tête de l’ancien parti unique, le Mouvement national pour la société de développement
(MNSD), a été élu pour la première fois en décembre 1999 et réélu pour un
second et dernier mandat en décembre 2004. Il s’était montré jusque-là respectueux
des rythmes démocratiques dans un pays souvent régi par l’état d’exception.
Depuis 2004, un Conseil national du dialogue politique présidé par le Premier
ministre réunissait régulièrement pouvoir et opposition pour définir par consensus la
marche démocratique du Niger. Le 31 mai 2007, une motion de censure présentée
par l’opposition conduite par le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme
(PNDS) de Mahamadou Issoufou avait même été adoptée. Elle écartait l’indéboulonnable
Premier ministre Hama Amadou, en place depuis janvier 2000 et
devenu entre-temps Président du MNSD. Le chef de l’Etat semblait respecter le jeu
démocratique et recevait chaque mois de façon informelle son principal opposant
Mahamadou Issoufou qu’il avait devancé au second tour de la présidentielle en 1999
et 2004. Cerise sur le gâteau, le Président Tandja avait accepté de rencontrer le
3 mai à Agadez des représentants de deux des trois factions rebelles touaregs, qui ont
repris les armes en 2007, qu’ils traitaient jusque-là de trafiquants et de bandits. Le
journaliste Moussa Kaka, accusé par les autorités nigériennes de complicité à leur
égard, l’avait d’ailleurs payé d’un an de détention alors que la justice nigérienne avait
estimé à plusieurs reprises le dossier vide.
L’OPPOSITION AU PROJET RÉFÉRENDAIRE PRÉSIDENTIEL
Certes, des manifestations assez symboliques, mais relayées par les médias nationaux,
réclamaient depuis l’année dernière le maintien au pouvoir du Président sortant,
même si la Constitution du pays excluait toute remise en cause de la limitation à
deux mandats présidentiels. En privé et même auprès d’anciens militaires du
Conseil militaire suprême dirigeant le pays avec le défunt Président Kountché
(1974-1987), le Président Tandja confirmait sa volonté de se retirer.
Pourtant, lors de la récente visite du Président français Nicolas Sarkozy à Niamey,
le 27 mars 2009, le Président nigérien avait réaffirmé qu’il ne toucherait pas à la
Constitution, ajoutant de façon sibylline qu’il n’écartait pas l’idée de se maintenir à
la tête de l’Etat pour achever les projets en cours.
C’est le 4 mai, à l’occasion de la cérémonie de début des travaux de la mine d’uranium
d’Imouraren, qui doit doubler la production du Niger dans les prochaines
années, que le Président Tandja a déclaré : « il faut un référendum parce que le peuple
demande que je reste ». En réponse à cette déclaration, une manifestation de
protestation, rassemblant environ 25 000 personnes sur la Place de l’Assemblée
nationale, a été organisée dès le 9 mai, à l’appel de l’opposition politique, des syndicats
et des organisations de la société civile. Le lendemain 10 mai, la manifestation
de soutien au projet de référendum n’a réuni qu’un millier de personnes. Outre le
recours de 23 députés auprès de la Cour constitutionnelle dont l’issue a été favorable,
a été créé le 24 mai le Front de défense de la démocratie (FDD) regroupant l’opposition
politique à l’initiative du chef de l’Etat, les syndicats les plus représentatifs et la
société civile, soit plus de 200 organisations.
Du 30 mai à Diffa au 9 juin à Niamey, le FDD organise une caravane à travers le pays,
avec des meetings dans les principales villes (Zinder, Maradi, Tillabéry, Dosso). A cette
caravane succèderont des opérations « villes mortes » ou « pays mort » et une grève
générale est d’ores et déjà envisagée. Les sept centrales syndicales ont confirmé dans
une déclaration commune, le 31 mai, leur ferme condamnation du projet référendaire.
Le PNDS de Mahamadou Issoufou, parti membre de l’Internationale socialiste, et
l’Alliance nationale pour la démocratie et le progrès (ANDP) de Moumouni
Djermakoye se sont clairement prononcés contre le référendum et font partie du
FDD. Les partisans de l’ancien Premier ministre Hama Amadou, accusé de détournements
de fonds et détenu de juin 2008 à avril 2009, ainsi que les partisans de
l’actuel Premier ministre Seyni Oumarou sont résolument opposés au projet présidentiel.
Le chef de l’Etat apparaît mis en minorité dans son propre parti, le MNSD,
très divisé. Troisième parti en importance, la Convention social-démocrate (CDS)
du Président de l’Assemblée nationale Mahamane Ousmane garde son autonomie
dans la mobilisation et joue, comme à son habitude, un jeu ambigu, tout comme
d’autres formations parlementaires de moindre importance.
LE SILENCE DE LA FRANCE
Au sein de la communauté internationale, la Communauté des Etats de l’Afrique de
l’Ouest (CEDEAO), mais aussi les Etats-Unis et le Canada, ont déjà exprimé leur
inquiétude ou leurs réserves. Au 31 mai, la France gardait toujours le silence, même
si Nicolas Sarkozy avait salué à la fin du mois de mars le fait que toutes les parties
nigériennes se déclaraient attachées au respect de la Constitution.
Cette discrétion est sans doute déterminée par l’important accord conclu le 5 janvier
2009 après de très laborieuses négociations entre AREVA et l’Etat nigérien sur la mine
d’uranium d’Imouraren qu’ils détiennent respectivement à hauteur de 66,5 % et
33,5 %. La production de ce qui sera la plus grande mine d’uranium à ciel ouvert du
monde débutera en 2012, moyennant un investissement d’1,2 milliard d’euros. Elle
atteindra à plein régime 5 000 tonnes par an pendant au moins 35 ans, faisant du
Niger le deuxième producteur mondial d’uranium.
A noter que les quinze communes de la région d’Agadez perçoivent depuis deux ans
15 % des retombées financières de l’exploitation minière – les mouvements de rébellion
touareg en réclament 50 %.
L’attitude de la France face au bras de fer politique engagé par le chef de l’Etat du
Niger Mamadou Tandja est un test politique important pour juger de la sincérité et
de la volonté du Président Sarkozy qui, de passage à Niamey il y a deux mois, avait
plaidé pour « la rénovation des relations entre la France et l’Afrique, débarrassées
des pesanteurs du passé ».
Ce qu'en dit le journal de Niamey "LE REPUBLICAIN"