Un placard d’UCAR dans Le Monde : la publicité à l’ère de la richesse qui s’exhibe ?
Si la publicité est un des miroirs d’une société, voici une page publicitaire qui donne la mesure du changement que vit la société française. Le journal Le Monde l’a publiée dans son numéro de jeudi 15 mai 2008. « Les pauvres sont dégueulasses. Ils polluent ».

Qu’on se rassure ! Ce n’est qu’une agence de location de voitures qui en appelle aux pouvoirs publics pour débarrasser le parc automobile français, par une prime à la casse, des millions de vieilles voitures dépourvues d’équipement antipollution. Un second slogan prétend corriger le tir aussitôt : « Le droit à la voiture propre pour tous ».
Un leurre inédit Le leurre choisi pour capter l’attention, une injure, est manifestement inédit : il vise à stimuler
le réflexe du classisme sans complexe. Le mépris des « pauvres » est crié sur les toits : l’article défini « les » englobe le groupe visé dans sa totalité ; le choix du mot d’argot « dégueulasses » donne une frappe maximale à l’injure ; enfin,
l’ellipse entre l’expression de la cause et celle de son effet – par l’omission de « car » - fait claquer le slogan qui impute au groupe incriminé la responsabilité du rejet qu’il suscite pour sa conduite « contre-nature » !
On n’est pas habitué à entendre aveu aussi cynique. Même si la vie sociale offre une image contraire où le faible est impitoyablement écrasé et éliminé en cas de compétition, par compensation sans doute, il devient le centre de toutes les attentions quand sa faiblesse n’en fait le rival de personne ; au contraire, il peut même, à son corps défendant, être le prétexte à une émulation, sinon à une compétition, parmi des bienfaiteurs qui cherchent à se parer du manteau humanitaire pour atteindre d’autres buts.
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