Le chemin de ……………………………… JLA
Sur le chemin qui d’après lui devait mener au sommet il rencontra une piste qui partait sur la droite, elle commençait par descendre puis disparaissait derrière une erreur de terrain, elle semblait quelque peu boueuse mais souple ; de tendres fleurs jaunes dont il ignorait le nom (il ne connaissait rien aux fleurs et aux femmes) poussaient au milieu ………… du chemin et les cotés verdoyaient, merdoyaient !
Il passa outre et ne se laissa pas tenter, mais un regret quelques instants plus tard le fit douter : « Et si c’était la voie pour atteindre le sommet ? »
Bien plus loin et plus tard un autre chemin partait. NON ! Un autre chemin caillouteux, la nature du terrain avait changé, plus d’herbe tendre mais de la pierre, du rocher, du minéral, froid ou brûlant suivant la saison, suivant l’heure du jour ou de la nuit !
« Pose ta main sur cette pierre chauffée à blanc depuis ce matin ! »
« Pose ta main sur cette pierre bien plus tard dans la soirée ! »
« Pose ta main sur cette pierre au petit matin après une froide nuit de désert ! »
C’est la même main ?
C’est la même pierre ?
Et alors ?
Il avançait toujours dans cet univers qui devenait glauque, froid et terriblement, silencieusement minéral ! Merde ! Il avait horreur du silence, même pas au loin un bruit d’animal que son petit gardien essaye de rapprocher du troupeau, même pas le souffle du vent sur l’arête de la dune ! « Dune » Tu as dis « Dune » ?
Le chemin, la trace de gauche ne lui convenant pas, il poursuivit son chemin.
Le brouillard n’arrivait pas à se dissiper, lui non plus : ses pensées vagabondaient dans l’infinie profondeur virtuelle de ses fantasmes.
Soudain, comme un gémissement, un couinement, un grincement, un crissement : un bruit de boite, de cardan ? Le chemin qui conduit au sommet est trop caillouteux, trop malaisé pour lui, il a horreur de marcher, de monter, de trébucher ; son pied est mille fois tordu, ses chevilles le font souffrir.
Un autre chemin sablonneux s’enfonce sur la droite : était il donc sur une crête, sur un chemin de crête ? Deux traces sur la droite, bien parallèle, peu profondes mais bien visibles, elles descendent vers une plaine douce et blanche, en bas la trace disparaît, à moins qu’il soit beaucoup trop loin pour continuer à la parcourir du regard. Au loin, très loin : deux auto !
Envahisseurs ? Il n’aime pas rencontrer quand il pense être seul, et cependant comme il aime partager en d’autres circonstances ces rondeurs blanches de sable chaud. Les « Montagnes Bleues », au nord – est de l’Aïr (Niger)
Mais pourquoi revient il toujours dans ce coin d’Afrique ? Peut être parce qu’en 2001 une nuit, à l’Est d’Agadez, il fit l’amour avec les étoiles et en ressenti un profond bouleversement.
Il poursuit son chemin, le brouillard s’est levé, l’air est doux comme une caresse ; il marche sur la plat, plus de cailloux, plus de sable non plus, une sorte de latérite fine et ferme, ses pas marquent le sol mais ne s’y enfoncent point. Les deux auto sont loin derrière lui, il ne les entend pas.
Un frôlement, un vol, 2 ou 4 ailes : un criquet, de cette espèce détestable que les Sahéliens voient arriver avec horreur ! Il n’avait jamais pu les détester lui, même si en 2004 dans le sud du Rekkam au Maroc il les avait violemment affrontés, heurtés, écrasés contre la grille du radiateur et contre le pare brise : Immenses taches Jaunes comme des Jaunes d’œuf étalés sur l’auto ! Horrible. Des images montent ; et si lors d’un attentat, à Bagdad, Kaboul ou au Pakistan, le spectacle de ces taches jaunes devenues « Rouge Sang » était l’expression de la barbarie des hommes ? Nobles criquets, nobles victimes ! Nous ne sommes que des criquets !
Les images « Rouges » et le criquet poursuivirent leur route, Benazir Bhutto aussi.
Il ne faisait pas trop chaud, peut être 27 ou 28° Celsius mais un léger souffle sec venu du sud-est rendait les lieux, l’ambiance et la marche assez agréable. Au loin une frêle gazelle changea de cap à son approche, il essaya un instant de la retenir, il ne lui voulait aucun mal mais elle ne le savait pas. Ah ! Terrible incompréhension des êtres qui co-habitent sur la planète !
Les gazelles et les hommes développent les mêmes sentiments de crainte ! Y a du boulot dans les écoles de Jules ***
Au loin, quelques dunes aux formes sensuelles allumèrent un instant son regard, il se pris à rêver aux nichons de Claire et aux larges fesses de Anne ! NON, plutôt Béatrice allongée, alanguie sur le sable humide de la plage de Capbreton ! Zapping !
Le cordon s’étire et écrit sa douce mélopée, il chante et joue de l’ombre et la lumière, ce soir il sera encore différent, l’écriture de dune, calligraphiée par le vent lui racontera l’histoire des fantasmes des hommes et peut être aussi des siens. Du blanc au brun, du jaune au « Rouge sang » NON ! La dune est douce, pas rouge mais ocre ! Il doit chasser ces images de mort !
*** Jules : pour Jules Ferry ; je le déteste, c’est lui qui imposa aux Petits africains le livre d’histoire ou ils devaient lire et réciter : « Nos ancêtres les gaulois »
Honte sur toi Jules !
La piste monte, ce n’est plus une piste, c’est du sable, du sable mou, les pieds s’enfoncent et reculent à chaque pas. Il a horreur de ça, ça lui rappelle de mauvais souvenirs, des situations lourdes et pénibles qu’il a vécues à Timimoun.
Le sommet lui parait loin, très loin, inatteignable, comme irréel, comme faisant parti d’un autre monde ………..
Comme s’il devait sortir d’Ici pour rentrer Là bas !
Comme s’il devait franchir cette Porte pour se retrouver dans cet autre Endroit !
Comme s’il devait Demander un droit de passage pour Avoir le droit d’y Aller !
Comme s’il devait Mourir pour Revivre !
Mais tout cela ne lui était pas douloureux, l’idée même de la mort dans l’instant, de mourir là, de ce passage, lui convenait bien. Il pourrait ainsi retrouver et discuter un peu avec Benazir B. elle avait sûrement des choses à raconter ………… en Anglais ? Elle devait aussi parler français ! Et puis peu importe, avec une belle femme, avec une aussi belle femme les mots en anglais lui reviendraient !
Il fut interrompu dans ses rêves de thanatonautes*** par un bruit, un grincement, comme un bruit de « Machin en métal mal huilé » !
- Merde un 4X4 !
Juste un peu plus pas, un Cherokee, une Jeep Cherokee décorée comme un véhicule du Dakar, complètement stickée essayait de se sortir d’une situation périlleuse pour ne pas dire désespérée. Il reconnu les Stickers de la FF- 4X4 et au volant du véhicule Eric Breteau, à ses coté Maître Collard ! Mais que faisaient ils dans cet Erg ?
***Thanatonaute : celui qui voyage dans le monde des morts (Réf à Bernard Werber)
Il s’approcha du Cherokee et demanda à Eric B ce qu’il faisait là. Il était vraiment très surpris et étonné de le rencontrer ici ne l’ayant pas vu depuis 2003 date à laquelle il avait quitté la FF 4X4 ou il occupait le poste de Vice-président ; Eric en était le Président – Fondateur.
Situation périlleuse et désespérée : derrière des barreaux, Eric le regardait, ne comprenant pas lui non plus ! Collard avait disparu, la dune aussi !
Mais où étaient ils tous les deux ? Fresnes ? Ils échangèrent quelques mots, très vite des larmes discrètes puis ruisselantes, suivies de sanglots leur interdirent tout dialogue ! Il lui promis de lui écrire, de revenir et poursuivi son chemin.
Mais où était il ? Vraiment déboussolé ! Sans GPS ni Tomtom - il avait du le laisser dans l’auto - ne pensant pas qu’il en aurait besoin, à cet instant il le regrettait. Mais confiant en son sens de l’orientation il poursuivit sa route . . . qui d’ailleurs, sous ses pas peu a peu devenait une piste, un chemin.
Complètement bouleversé par la rencontre qu’il venait de faire il ne se rendait pas compte de l’état du chemin, encore aujourd’hui il n’arrive pas à se souvenir. Mais que ressentait il ? Cailloux ? Sable ? Montée ? Descente ? Ce devait être fluide dans sa tête malgré le choc qu’il venait de subir ; peut être était il sur un petit nuage !
Enfant il aurait aimé être oisif et rêveur, un brin « Cheveux Blonds Bouclés » CBB !
NON ! Rien à foutre de son enfance, pas beaucoup de bons de souvenirs, aucun mauvais non plus, le pire : Pas de Souvenirs du Tout !
Il se rendit bien compte que la piste redescendait, il venait de franchir un petit col et au delà un paysage différent s’étala sous ses yeux. E.T.A.L.A ! Très loin, vraiment très loin, une immense savane « Jaune » permettait de penser que : « Encore + loin » il passerait du jaune au vert !
Comme une brume mais l’air était sec, comme un brouillard mais il était très loin de toute végétation luxuriante, humide et chaude comme ses fantasmes les plus fous. Point de douceur ici, tout était « Jaune » poudreux, ça crissait entre les dents ! Beurk !
Qu’avait il fait pour se retrouver dans cet univers glauque, opaque et sans vie ? Il se le demandait mais continuait à avancer sur ce chemin. Il remarqua quelques traces de végétation, touffes ou plutôt brins d’herbe jaunes eux aussi ; il les devinait à peine. Comment pouvaient ils vivre ici ces brins ? Ces brins de rien, l’air de pas grand-chose ! C’est bien lui qui, l’air de rien ne ressemblait à pas grand chose ! Il continua à jouer avec les mots, les rimes et les brins de rien !
Point de chemin à droite et à gauche, pas du tout la même configuration que les jours précédents. Au fur et à mesure qu’il avançait et cela faisait maintenant plusieurs jours qu’il progressait la végétation devenait plus dense, peut être un peu plus humide et de toute façon beaucoup plus luxuriante. Quelques cris d’oiseaux au loin, il se rapprochait de la vie !
Les cris des oiseaux se mélangeaient maintenant aux cris des animaux domestiques, la piste s’enfonçait dans une forêt dense, les odeurs d’humus et de champignons mêlées lui firent penser aux forêts du Périgord qu’il adorait parcourir – à fond la caisse – avec sa moto Suzuki 175 PE dans les années 80.
Une fumée à peine visible s’élevait tout prés, une fumée comme un voile tombant du ciel. « Putain ! Mais ça monte la fumée ! » Dans quel univers était il, après avoir croisé Eric B, sur qui allait il tomber ? Un campement, un village ? Il prêta l’oreille et s’avança prudemment, non qu’il craint pour lui-même mais il ne voulait pas déranger, il ne connaissait pas ces lieux ; des sons, des paroles arrivèrent jusqu’à lui, il cru reconnaître un dialogue entre un homme et une femme, ils parlaient espagnol avec un fort accent d’Amérique du Sud. La voix de la femme était presque inaudible, une plainte, un souffle douloureusement exhalé ; celle de l’homme paraissait plus ferme, plus autoritaire, dure, presque militaire.
Il continua sa progression, aperçu des hommes en arme et en uniforme kaki : devait il faire demi tour, au risque d’être surpris de dos ? Il préféra continuer, il n’était plus qu’à quelques mètres du « Souffle douloureusement exhalé »
Ce n’était pas possible, sa longue chevelure masquait de dos les traits de son visage qu’il découvrit lentement, elle venait de se retourner, il reconnu Ingrid Betancourt ! Choc frontal ! Son gardien s’était levé brutalement et avait braqué son arme sur lui, le visage d’Ingrid ne manifestait aucune surprise, elle respirait et il avait l’impression que l’air expiré et inspiré ne circulait pas ! Pas de souffle ! Pas de vie ?
Il aurait du avoir d’autres préoccupations, l’arme automatique était toujours braquée sur lui. « Olla que tal ! » dit il fermement en s’adressant au gardien, en lui tendant la main et en se rapprochant. L’homme baissa son arme et lui pris la main qu’il venait de tendre. Il comprit à l’instant, à tord ou à raison qu’il n’était pas en danger.
« Bonjour ! Qui êtes vous murmura Ingrid ? » Il restait un peu de vie sur ce murmure, un brin, un tout petit brin de malice dans ses yeux et une immense bouffée de bonheur envahit la poitrine de JLA. Il ne put contenir ses larmes, le gardien se détourna, Ingrid sourit vraiment et lui souhaita bonne route ; il poursuivi son chemin vers l’ouest.
Cap à l’ouest, le sud est à gauche ! Euh, c’est sur ?
Il lui fallu plusieurs jours pour sortir de cette dense verdeur humide, mais aussi pour comprendre ce qu’il venait de vivre. Il du, plusieurs soirs de suite se relier à sa conscience, à ses émotions intérieures pour apprendre à accueillir avec bonheur la rencontre qu’il venait de faire.
Il ne comprenait toujours pas : sortait il d’un immense cauchemar spatio - temporel qui lui avait donné l’occasion de rencontrer virtuellement Benazir Bhutto, mais bien concrètement Eric Breteau et Ingrid Betancourt ? Avait il été victime de quelques hallucinations ?
La savane arborée faisait suite à la forêt dense et humide, il connaissait bien ce type de végétation. Au Niger, au nord du Burkina, au Mali et en Mauritanie qu’il avait traversés d’est en ouest en janvier 2007, il aimait s’arrêter une ou deux heures avant le coucher du soleil, choisir soigneusement l’endroit qui lui permettrait de profiter des derniers rayons chauds, de s’abriter du vent derrière l’auto et si la journée avait été « Chaude et poussiéreuse », de prendre un douche, à poil, en plein air ! Le pied ! Il prenait ensuite un peu de temps pour ramasser du bois, allumer le feu (sans papier) avec de la paille et des brindilles comme lui avait appris les Touaregs. Il se posait enfin, coupait quelques très fines tranches de saucisson (il fallait le faire durer), deux ou trois, pas plus (pour les mêmes raisons !) et dégustait un Pastis très frais ! QUE DU BONHEUR !
Ces souvenirs remontaient, lui faisaient du bien, le ravissaient, le remplissaient !
Il décida de rester quelques jours là, l’endroit lui convenait parfaitement, pas de vent, les oiseaux s’étant tu à son arrivée reprenaient leurs conversations et leurs chants d’amour sans lui prêter la moindre attention. Au loin, les appels des jeunes animaux domestiques à l’intension de leurs génitrices donnaient aux lieux une note gaie, joyeuse ! Quelques braiements rauques et puissants . . . . ainsi va la vie ! Il ne pouvait pas se tromper, il était bien là.
La nuit fut très douce, les cris des petits ruminants cessèrent très tôt et ne lui volèrent pas son sommeil. Au petit matin l’âne en rut le réveilla : « Putain d’âne ! » Le soir encore passe, mais le matin : non ! Il avait bien envie d’aller le lui dire.
La journée s’écoula doucement, il ne faisait pas trop chaud, l’air était doux comme une caresse, il en profita pour prendre quelques notes. Puis la lumière lui convenant, armé de son numérique zoomé il partit à la chasse aux « situations de vie ».
Cela faisait 3 jours qu’il ne se passait rien …………….. pas grand-chose ! Il avait décidé de s’arrêter, de se poser, de réfléchir, d’essayer de comprendre le « Pourquoi » et le « Comment » de ce qui venait de lui arriver.
Les « Pourquoi » et les « Comment » ne se bousculant pas il décida de poursuivre sa route mais le soir même il appela Moussa avec son Thuraya. La conversation dura, dura, il ne comprenait pas tout mais saisissait l’essentiel ; Moussa lui parlait du Livre des Sagesses ! Il décida de passer à la Fnac en rentrant.
En rentrant ? Il n’avait aucune envie de rentrer, en avait il le devoir ? En avait il l’obligation ?
Le chemin lui parût agréable, il ne croisa personne, au loin plus aucun bruit de vie, tout prés non plus ! Rien, du rien ! Une libellule jaune, quelques instants, peut être une seconde ou deux, comme font les libellules - lui fît la conversation, il ne comprit pas vraiment ce qu’elle voulait lui dire, il crut qu’elle souhaitait faire un brin de route avec lui mais comme elle avait rapidement disparu après cet échange, il « Passa à autre chose » !
La libellule revint et virevolta autour de lui, comme font les libellules jaunes puis s’immobilisa dans un parfait vol stationnaire. Il crut comprendre qu’elle avait quelque « Message » à lui faire passer. Il avait appris dans son enfance le langage chorégraphique des libellules jaunes, mais mauvais élève, il avait oublié ! Néanmoins cette libellule jaune là avait un petit coté « Suivez moi jeune homme » qui émoustilla son regard lubrique !
« Et pourquoi pas » se dit il ; la libellule jaune paraissait adulte, il n’y avait aucun risque de ce coté là, on ne pourrait rien lui reprocher. Il décida de la suivre car elle insistait vraiment beaucoup, son vol décrivait des trajectoires voluptueuses, elle continuait son manége devant lui et de droite et de gauche ne lui permettant plus de garder un cap ! Elle était entrain de lui « Tourner la tête ! »
Il décida donc de la suivre à distance mais chaque fois qu’il ralentissait pour laisser quelques mètres entre eux, la libellule jaune revenait, emplissait l’espace ; comme s’il n’y avait plus qu’une bulle dans laquelle ils étaient enfermés tous les deux. Plus rien ne comptait, plus rien n’existait, aucun son, aucune autre image que celles de la libellule jaune ne lui parvenait. Un instant il se senti angoissé mais repensa à Eric qui était à Fresnes et à Ingrid qui était toujours assise sur son banc au milieu de la jungle colombienne (voir les épisodes précédents). Il n’était pas vraiment privé de liberté ! Quoi que ?
La libellule jaune ne lui laissait pas beaucoup de latitude (ni de longitude d’ailleurs !), sa voie était tracée, il se sentait obligé de la suivre, il lui semblait qu’il faisait route vers l’Est. Effectivement il cru reconnaître la cote Adriate et au passage la ville de Dubrovnik qu’il avait visité en 1970 ou 1971 ! Il ne volait pas très haut, comme volent les libellules jaunes, et cela lui permettait de se repérer un peu.
Déjà les îles grecques apparaissaient au loin, bien beau spectacle que ces petits îlots épars, que ces chapelets de vie perdus au milieu de nulle part.
« LJ » filait bon train. Comme ils avaient parcouru 2 à 3000 kms ensemble, ils avaient eu le temps d’échanger et il se permettait maintenant de l’appeler « LJ » (prononcer « elji ») pour Libellule Jaune et elle l’appelait « jiela » pour «JLA » !
Compagnons de route ! Quoique « Route » n’était pas le terme approprié, Bref ! De concert ils survolaient les confins de l’Europe et tout à fait à l’Est, commençaient à apercevoir les côtes anatoliennes (j’aurais pu écrire les côtes turques mais j’ai trouvé que Anatolie faisait plus …………… !)
L’Anatolie donc fut vite traversée et ils décidèrent de faire une petite escale au Kurdistan, dans ce merveilleux pays entouré de voisins hostiles, jaloux et exterminateurs !
« LJ » semblait se soucier assez peu des derniers développements du Monde, il était sur qu’elle ignorait qui étaient Kerviel et Tsonga et il n’osait pas lui parler de ces sujets sensibles de peur de rompre l’harmonie qui régnait entre eux. Ce vol lui avait permis de s’élever au dessus de la misère et de la douleur des hommes mais il n’oubliait pas que sur terre, Jean qui venait de se faire opérer souffrait sur son lit, que Eric en avait pris pour 8 ans et que Jérome K allait lui aussi sous peu goutter au confort très moyen des geôles de France !
Le Kurdistan, quel beau pays sauvage et dépeuplé ! Ils crurent apercevoir des colonnes d’hommes et de femmes sur les chemins montagneux du sud, prés des pointillés qui séparent la Turquie de l’Irak ; les femmes portaient bagages et enfants, les hommes paraissaient armés. Ils décidèrent de perdre de l’altitude pour voir de plus prés.
Un bruit sourd et lointain puis de plus en plus violent et rapproché les fit se retourner ; LJ qui avait compris l’approche et la cause du danger s’était rapproché de JLA ; ils volait maintenant en escadrille. Il eut juste le temps de piquer, il n’avait pas beaucoup de marge, ayant décidé quelques secondes auparavant de perdre un peu d’altitude.
Trois avions de chasse, en opération de destruction des Réseaux de résistance Kurde venaient de les frôler. Ils virent au loin la fumée des impacts et ne surent jamais si les tueurs avaient atteints leurs objectifs. LJ et lui-même eurent une pensée émue pour les éventuelles victimes du PKK ; bien sur ce n’étaient peut être pas des anges mais les Turcs étaient à leurs yeux les vrais démons de cette purge ethnique !
Ils décidèrent de reprendre de l’altitude et poursuivirent leur vol vers l’Est.
Alors que le vol était paisible et qu’il appréciait d’être dans son sillage, alors que des effluves odorantes et sensuelles, des parfums même, allumaient la petite lumière qui ne s’était jamais éteinte en lui, il eut comme un doute, une incertitude, un sentiment, une sensation, un étrange et léger, très léger malaise – non de ces malaises qui vous enlèvent toute volonté et capacité à agir – qui l’affecta et l’obligea à atterrir virtuellement. Ils ne perdirent pas un pied mais il fut obligé de revenir sur la motivation et surtout la destination de ce voyage.
Etait il bien sûr de vouloir y aller, était il bien sur de pouvoir lui faire confiance, LJ était elle digne de le guider vers cette nouvelle aventure, vers cette nouvelle expérience ? Il sentait bien qu’il n’avait plus 40 ans (ça faisait 20 ans !)
Un doute s’installa, il essaya de trouver du réconfort en s’approchant de LJ mais ils avaient tous les deux atteint une vitesse de croisière qu’il ne pouvait pas majorer. Un dernier effort fut vain ; il décida de poursuivre avec ses doutes qui l’alourdissaient mais qui ne lui faisaient pas perdre altitude et vitesse.
Loin, très loin et approximativement dans le 90°, ils aperçurent une importante chaîne montagneuse blanche comme sont ces sommets à plus de 3000 mètres dans l’hémisphère nord en février. LJ lui fit remarquer qu’elle n’avait pas l’habitude de fréquenter ces « Géants Montagneux » comme elle les appelaient ; il essaya de la rassurer, lui confirmant, comme cela avait été écrit dans le Plan de Vol, qu’ils passeraient bien plus au Sud car ils ne tarderaient pas à prendre un cap 135°. Elle fut rassurée.
Par contre lui était toujours englué dans ses problématiques de doutes et n’arrivait pas à en sortir, il pensa à Moussa : que ferait il à sa place ?
Cette idée lui permit de poursuivre « Plus léger » et il continua à mater LJ. Sa libido lui laissant un peu de répit, il en profita pour se gorger d’images. Ces massifs étaient de toute beauté et il n’avait jamais eu l’occasion de les approcher de si prés . . . . même s’ils étaient encore à plusieurs centaines de kms.
Ils traversèrent l’Indus et laissèrent Karachi sur leur droite, il eut une pensée pour Pierre qui en sept 2007 avait passé 5 semaines du coté d’Islamabad, beaucoup plus au nord !
Le vol devenait monotone, à la limite ennuyeux ; par bonheur le spectacle de la chaîne des Himalaya encore visible de l’endroit ou ils se trouvaient leur « Remplissait » les yeux, ils parlaient de chose et d’autre, LJ évoquait son enfance heureuse dans le S-O ou elle avait grandi et JLA parlait de sa nouvelle vie depuis 2003. Le rythme n’était pas vraiment soutenu mais faisant route toujours au 135° ils devinaient au loin le Golfe du Bengale.
Ne prêtant pas attention à leur environnement, n’ayant aucun souci à se faire tant, à cette altitude les conditions étaient sécurisées et confortables, ils ne se rendirent pas compte tout de suite qu’ils étaient suivis par un petit papillon rouge.
Le petit papillon rouge s’adressa à eux dans une langue qu’ils comprirent spontanément, il leur expliquât qu’il voyageait vers le S-E et leur demanda de participer au vol en patrouille, ils acceptèrent volontiers et décidèrent de l’appeler PPR pour Petit Papillon Rouge !
Ils étaient donc maintenant trois, PPR, LJ et JLA ; ils volaient de concert en vue du golfe du Bengale et devinaient encore sur la gauche, loin, très loin et de plus en plus loin les chaînes Himalayennes.
Leur vol en patrouille était un peu désordonné, « On » se rapprochait de l’un, de l’une pour faire connaissance, PPR (pour Petit Papillon Rouge) posait beaucoup de questions, il voulait tout savoir tout de suite, l’impatience paraissait le caractériser mais LJ & JLA en avaient vu d’autres et manifestaient à son égard beaucoup d’attention et d’écoute.
Il leur sembla que PPR n’était pas arrivé là par hasard, un grand souffle de vie les portait tous les trois dans la même direction. Ils se rendirent rapidement compte qu’ils avaient des objectifs commun et une aventure à partager. La convivialité et plus s’installa !
JLA se rendit très vite compte que PPR prenait LJ pour une fleur et essayait de la butiner en vol comme font tous les papillons de bonne famille entre eux et sur les fleurs jaunes ! Mais cela ne le contraria point ! Coté LJ, il avait lâché un peu et même éprouvé un certain plaisir à observer le manége de PPR autour d’LJ.
Le golfe du Bengale bien connu pour ses Tigres (Bof !) J’ai essayé de ne pas écrire Tigres (du Bengale) mais je n’ai pas pu ! Plus fort que moi !
Au loin la côte Birmane, le vert se mélangeait au bleu de la mer des Andaman, la fin du voyage approchait, ils ressentaient tous les 3 une certaine lassitude.
LJ rêvait, elle allait bientôt retrouver les siens, elle paraissait absente ……… sur un petit nuage.
PPR ramait un peu, il n’avait pas réussi à aller aussi loin qu’il l’aurait souhaité dans sa relation avec LJ mais il manifestait l’insouciance que manifeste en général les papillons.
Quand à JLA il pensait à tous les siens qui étaient restés en France. Quand les reverraient ils ?
La Thaïlande était à portée de main et le Cambodge, leur destination finale, caché derrière la chaîne des Cardamomes qui sépare le golfe du Siam de la plaine du Tonlé Sap. Culminant à 1744 mètres le mont Sankos est le point culminant du pays.
Avaient ils préparé leur arrivée ? Avaient ils envisagé de se séparer alors qu’ils venaient de parcourir ensemble plusieurs milliers de kms ? Comment allaient ils vivre isolés, loins les uns des autres ? Sauraient ils être autonomes alors que leur union, leur rapprochement, leur cohésion et leurs partages les avaient nourris tout le long ? Ces questions les perturbaient et ils avaient le plus grand mal à évaluer les réponses.
Dans un premier temps JLA envisagea des séparations rapides et sans trop d’effusion de peur de « Craquer » mais LJ insista pour faire « une petite fête avant de se quitter » ; cette idée combla PPR qui trouvait ça « vachement bien » ; JLA céda et il fut convenu que l’on ne se quitterait pas sans avoir Fêté Ça !
Phnom Penh se prêtait à une telle « Manifestation » qu’ils décidèrent d’organiser le samedi 16 février. Ils passèrent tous les 3 quelques coups de fil et envoyèrent des mails. Ils seraient une cinquantaine. « Génial » affirma LJ.
PPR & JLA étaient aussi très heureux de revoir tous les parents et amis qui avaient répondu favorablement à leurs invitations. Ils avaient hâte d’être à samedi.
FIN.