Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule
| Le secret de l'affaire Borrel est peut-être caché dans un classeur au fond d'une armoire métallique à l'Elysée. Les deux juges d'instruction qui ont tenté le 2 mai de perquisitionner le palais présidentiel s'en sont vu refuser l'accès. Mais le dossier a pu aussi avoir été passé au broyeur depuis longtemps. L'affaire Borrel, c'est celle du juge Bernard Borrel, un magistrat français dont le corps à moitié calciné a été découvert, le 19 octobre 1995, au pied d'un éboulis de rochers, à 80 kilomètres de Djibouti. Bernard Borrel était en mission de coopération dans cette ancienne colonie française indépendante depuis 1977, où 3 000 soldats français sont toujours stationnés. L'enquête de Bernard Nicolas diffusée lundi 4 juin sur Canal+ est passionnante et décevante à la fois. Il est désormais établi que le juge a été assassiné, et ne s'est pas suicidé, comme les autorités françaises ont longtemps voulu le faire croire. Mais on ne sait toujours pas sur l'ordre de qui, et pourquoi. " C'est la responsabilité de la justice française que de trouver les auteurs de l'assassinat d'un magistrat ", dit sa veuve, magistrate elle aussi. " Il y a des Français qui savent ", dit-elle encore. Lorsque le corps de son mari est retrouvé, l'ambassade de France à Djibouti affirme qu'il s'agit d'un suicide. Lorsque sa veuve conteste cette thèse, on tente de la faire passer pour folle. Une première autopsie, pratiquée en France, conclut à la mort par le feu, tout en notant l'absence de suie dans les bronches et le larynx, ce qui est contradictoire. Une seconde autopsie démontre que le juge a été battu à mort avant que son corps ne soit partiellement brûlé. Un élément décisif intervient lorsqu'un ancien officier de la garde présidentielle djiboutienne révèle, en janvier 2000, une conversation qu'il a entendue, le jour de la découverte du corps, dans les jardins mêmes de la présidence. " Le juge fouineur est mort, il n'y a plus de traces ", auraient dit deux repris de justice, opportunément sortis de leur prison afin de le tuer. Ces propos auraient été tenus en présence d'Omar Guelleh, actuel président de la République de Djibouti, alors chef de cabinet du précédent président. Ce témoin a été interrogé par la justice française. Il a été menacé par les autorités djiboutiennes. Mais Paris ne veut manifestement pas se brouiller avec le chef d'un Etat qui occupe une position stratégique à l'est de l'Afrique... Reste le mobile. Le juge Borrel avait peut-être mis au jour un trafic de produits radioactifs provenant, via l'Ethiopie voisine, de l'ex-URSS. Il était peut-être sur la piste de l'implication de l'actuel président djiboutien dans un attentat commis en 1990. Des gens savent, à Djibouti comme à Paris. Dominique Dhombres |