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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 14:08

Je voudrais d'abord féliciter tout le peuple français d'avoir permis aux personnes de même sexe de se marier. La lutte fut dure et les "antis" annoncent qu'ils ne désarmeront pas. Ils pourraient aussi, tant qu'ils y sont, manifester contre l'abolition de la peine de mort et la permission de l'avortement. 

Barjot.jpgJ'ai pitié d'eux, tous comptes faits. L'avancée démocratique nécessite parfois d'aller à contre-courant de la masse populaire. Un référendum au moment de l'abolition de la peine de mort aurait empêché, parait-il, la loi de passer. Et c'était une bonne chose que de passer outre "la colère du peuple". Ici, je ne suis pas sûr que la majorité de la population soit anti-mariage pour tous. Mais même si elle l'était, l'existence et le fonctionnement d'une Assemblée Nationale et d'en Sénat permet au peuple d'avancer encore et encore.

 

La suite : http://blogs.mediapart.fr/blog/thierry-peltier/180513/mariage-pour-tous-le-combat-perdu-de-leglise

 

L'auteur : http://blogs.mediapart.fr/blog/thierry-peltier

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 15:49

Qu'ils soient civils ou non, les enfants du Mali se retrouvent malgré eux au cœur du conflit armé.  Qu'ils soient civils ou non, les enfants du Mali se retrouvent malgré eux au cœur du conflit armé. Depuis le début de l'intervention au Mali, c'est un phénomène dont on parle peu : la présence d'enfants soldats enrôlés de force par les groupes armés sur les champs de bataille. Certains d’entre eux ont été fait prisonniers par les armées française et tchadienne, qui combattent les islamistes dans le nord. Ils ont été confiés à l'Unicef. Les photos sont confidentielles. Prises par les Tchadiens et les Français dans la vallée d'Ametetai, le fief d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), elles montrent une partie des cadavres des jihadistes. Sur une vingtaine de combattants, plus de la moitié sont soit de jeunes adultes, soit des adolescents. La présence d’enfants soldats a choqué les militaires français. Le général français Bernard Barrera, chef de l’opération Serval, le concède : « Ce qui nous a choqués, c’est vrai, c’est de se retrouver face à des enfants soldats. Quand vous voyez des gamins de 10 ou 12 ans qui s’approchent à 200 mètres des troupes en armes, et qui montrent qu’ils n’ont rien sous le tee-shirt, comme pour montrer qu’ils n’ont pas d’explosifs, ça veut bien dire qu’ils sont formés pour s’approcher sans crainte. » Au cœur du sanctuaire djihadiste des Ifoghas Des enfants soldats « formés », et même embrigadés, d’après le capitaine Lionel, du deuxième raid. « C’est quand même plus facile d’envoyer un jeune, de manipuler ces gens-là, pour porter de l’eau ou des munitions », décrypte-t-il. Sale guerre Guide pour l’armée française, le caporal Ag Dossane fait partie du bataillon du El Hadj Ag Gamou. Il accuse les groupes touaregs, notamment le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), d’avoir recruté des enfants soldats pour Aqmi : « Ce sont les petits enfants du nord du Mali, du Niger et de Gao. Les Aqmi ne rentrent pas dans les familles. Ils vont commissionner les MNLA pour amener les enfants pour eux. » Pour le général Barrera, la présence d’enfants soldats est l’un des premiers éléments qui permet de connaître le fonctionnement d’Aqmi : « Ca décrédibilise Aqmi, estime-t-il, parce que les enfants soldats, ça on n’a pas l’habitude. Ce n’est pas une belle guerre quoi. Ce n’est pas un truc de soldats. » Dans les rangs des jihadistes qui contrôlent le nord du Mali, on retrouve de plus en plus d'enfants. Une enquête révèle la présence d'enfants soldats au sein des groupes armés Sept enfants soldats ont été confiés à l’Unicef depuis le 9 mars dernier. D’autres pourraient bientôt les rejoindre. Laura Perez, du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), est spécialiste de la protection des enfants pendant les conflits armés. Elle évoque le sujet avec beaucoup de précaution : « Ce sont des enfants qui ont entre 12 et 18 ans. Ils viennent du nord mais je ne suis pas libre de vous donner des informations spécifiques sur eux. Il y a un risque très grand de représailles contre ces enfants, parce qu’en général, ils sont vus comme des terroristes et les gens ne comprennent pas qu’ils sont en fait des victimes, qui ont besoin d’être protégées, d’être assistées. » Besoin d'aide Inutile donc de chercher à connaître leur nationalité, les conditions dans lesquelles ils ont été recueillis, ni même l’endroit où l’Unicef les prend aujourd’hui en charge, leur prodiguant notamment des soins médicaux - certains sont arrivés blessés -, une aide psychologique, mais aussi l'alphabétisation ou l'apprentissage d’un métier. Les enfants soldats, ici en RDC, sont des proies faciles pour les groupes armés qui veulent les enrôler. 12/02/2012 - Droits de l'enfant La lutte contre le recrutement d’enfants soldats progresse lentement Selon Laura Perez, « aujourd’hui ils semblent être à l’aise. Ils regardent beaucoup la télévision. On se rend vraiment compte que ce sont des enfants. Ils demandent à parler avec leur maman. Ils ont vécu des expériences assez difficiles dans le nord, parce qu’ils étaient détenus pendant les combats. Aujourd’hui, ils sont tranquilles. Ils comprennent qu’ils sont en train de recevoir de l’aide et ils l’acceptent. Ils jouent ensemble, ils veulent voir la famille. » Et Mme Perez d’insister encore : « Ce sont vraiment des enfants ». Des recherches sont menées pour retrouver les familles de ces enfants. Mais ces derniers ne quitteront pas le centre Unicef avant que les esprits ne s’apaisent et que la situation dans le nord leur soit plus favorable. Cela pourrait prendre, d’après l’Unicef, jusqu’à une année. Docteur Patrick Clervoy Psychiatre, service de santé des armées. Auteur de l'ouvrage «Dix semaines à Kaboul» (éd. Steinkis) Dans notre culture, un soldat est préparé à combattre quelqu'un qui lui ressemble. Ce qui peut être traumatisant au plan psychique pour les personnels, c'est d'avoir devant eux des gens qui ne sont pas les combattants sur lequel ils ont anticipé Écouter (00:43) Plus 15/04/2013 par RFI

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 07:30

De notre envoyé spécial à Bamako

Il y a des enfants qui courent dans tous le sens, des familles qui discutent, des hommes plantés sur des chaises qui regardent le temps passer. Ça crie, ça bouge, ça circule, les boubous sont colorés, le thé fume et tout le monde semble se connaître. Nous sommes à Banconi, quartier populaire, et donc très pauvre, du nord-est de Bamako, et plus précisément à la mosquée de Cherif Ousmane Madani Haïdara, l’un des leaders religieux les plus renommés du Mali. Quelques agents de sécurité armés surveillent les entrées du complexe qui, outre la mosquée, comprend une école coranique, des bureaux, des chambres, des cuisines permettant de nourrir une centaine de personnes. Il renferme aussi une grande salle de réception de 250 mètres carrés avec des dizaines de canapés, des climatiseurs industriels, des bouquets de fleurs en plastique et un petit drapeau malien posé sur une table. C’est là que Cherif Haïdara reçoit ses visiteurs.

L’homme est grand, longiligne, et offre un visage souriant. Il occupe une place à part au Mali. Sous le président déchu Amadou Toumani Touré, il était l’un des rares à critiquer ouvertement le pouvoir politique. Chaque année, il remplissait un stade de plus de 60 000 places situé en contrebas du palais présidentiel afin de réclamer davantage de justice et moins de corruption. « C’est notre devoir de leaders religieux », explique-t-il, « que d’être honnêtes envers les dirigeants et de leur dire que la population souffre ». Prédicateur musulman influent, il était attendu au tournant lorsque des groupes armés islamistes ont pris le contrôle du nord du pays début 2012. D’autant plus qu’un de ces mouvements avait choisi de se baptiser Ansar Dine (défenseur de la foi), du nom même de l’association religieuse créée par Cherif Haïdara voilà plus de vingt ans, active dans tout le pays et au-delà, en Côte d’Ivoire ou au Burkina Faso.

 

Cherif Haïdara : «Les islamistes du Nord ne sont pas de vrais musulmans, ce sont des bandits !»Cherif Haïdara : «Les islamistes du Nord ne sont pas de vrais musulmans, ce sont des bandits !»© Thomas Cantaloube


Or, contrairement à ce qui peut parfois se produire dans d’autres pays où les imams tergiversent lorsqu’il s’agit de condamner une action terroriste perpétrée au nom d’Allah ou une fatwa lancée à la légère, Cherif Haïdara a d’emblée dénoncé les méthodes et les actions de ceux qui se proclamaient inspirés par l’islam, que ce soit Ansar Dine (le groupe touareg), Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) ou le Mujao (Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest). Leur application d’une charia dévoyée durant plusieurs mois n’a fait que le confirmer dans cette opinion initiale : « Ces gens sont des bandits ! » s’insurge-t-il encore aujourd’hui. « Ils se disent musulmans, mais ils ne sont pas de vrais musulmans, ce sont des imposteurs ! »

Le ton véhément et les dénonciations claires de Haïdara s’inscrivent dans une lutte qui se déroule au Mali, comme dans d’autres endroits du globe, entre deux visions de l’islam : l’une que l’on pourrait qualifier de rigoriste, parfois fondamentaliste, et une autre plus tolérante et qui se veut compatible avec des institutions démocratiques laïques. Le Mali est le théâtre d’un tel affrontement depuis des années, avec un avantage gagné progressivement par le camp rigoriste, que l’on nomme sur place « wahhabite » du nom de ses inspirateurs saoudiens. Or, et c’est l’un des rares points positifs de la crise malienne, la confrontation des deux visions de l’islam, à la fois dans le nord du pays occupé par les islamistes, et aussi dans le sud qui a fait son examen de conscience, a permis de renforcer les idéaux de tolérance et de laïcité dans un pays à 90 % musulman.

C’est le genre de dicton que tout le monde répète, et pas seulement au Mali : « Grattez sous le musulman, le catholique ou le protestant, et vous trouverez un animiste ou un fétichiste ! » Cela est d’autant plus vrai que le pays possède une riche histoire islamique où, contrairement à d’autres nations africaines, l’islam n’est pas qu’une religion « d’importation » : elle s’est imbriquée durant des siècles dans les cultures et les traditions locales. Mais depuis les années 1960, le wahhabisme, cette relecture orthodoxe et minoritaire du Coran, est venu s’ajouter à cet islam malien. « Il est arrivé par le commerce avec l’Arabie saoudite », raconte Violet Diallo, une Britannique qui vit depuis trente ans au Mali. « À une époque où il y avait peu de marchandises étrangères dans le pays, des commerçants se sont mis en lien avec des grossistes saoudiens. Ils ont prospéré et, en raison de leurs nombreux voyages dans le Golfe, se sont mis à adopter l’islam wahhabite et ses obligations : femmes voilées, prière cinq fois par jour, etc. Ces commerçants sont devenus un modèle de réussite envié, d’autant qu’ils venaient généralement des classes populaires. Du coup, la motivation économique a favorisé la conversion au wahhabisme. »

Les ambiguïtés des wahhabites

Ajoutons à cela que, dans un pays pauvre comme le Mali, l’investissement de millions de pétrodollars a permis aux Saoudiens de se construire une bonne image à moindre coût (l’un des deux ponts sur le Niger au centre de Bamako porte le nom du roi Fahd, son financier), et de bâtir de nombreuses mosquées. Au cours de ces décennies, le courant wahhabite, pourtant minoritaire dans la société, a su s’organiser au point de dominer très largement le Haut Conseil islamique malien (HCIM), principale institution représentative des croyants.

« Les wahhabites sont des gens assez intelligents, qui ont toujours intégré une dimension politique dans leur action », affirme un diplomate malien, qui rappelle la proximité de son pays avec le Maghreb et les courants d’islam politique qui y prospèrent. Cherif Haïdara, qui occupe une position minoritaire au sein du Haut Conseil islamique en tant que représentant de l’islam malékite, ne cache pas ses sentiments : « Les wahhabites veulent le pouvoir. Ils ont de l’argent et sont prêts à tuer des gens pour y parvenir. Ils se moquent de l’humanité. Dans un pays pauvre comme le Mali, si tu veux aider les gens tu les nourris, tu ne construis pas des mosquées ! »

Lorsque les groupes islamistes ont pris le contrôle du nord du Mali et imposé leur version de la charia (exécutions, amputations, interdiction de la musique, obligation pour les femmes de porter le voile…), le HCIM a beaucoup tardé à les condamner, préférant d’abord jouer un rôle de médiateur, allant même jusqu’à proposer un « atelier sur les conditions d’application raisonnable de la charia ». Ce n’est que sous la pression de gens comme Haïdara et de centaines de milliers de musulmans maliens outrés par ce qu’ils voyaient et entendaient que les wahhabites majoritaires au HCIM se sont désolidarisés des groupes islamistes.

 

El-Hadj Mody Sylla : «Le Mali est un pays laïque. Nous sommes favorables à un islam ouvert et tolérant.»El-Hadj Mody Sylla : «Le Mali est un pays laïque. Nous sommes favorables à un islam ouvert et tolérant.»© Thomas Cantaloube


Cette querelle entre leaders religieux et l’occupation du Nord ont laissé des traces. « Ce qui s’est passé au Nord a beaucoup joué contre le HCIM et le courant wahhabite », estime le politologue Mahamadou Diawara. « D’ailleurs, ils se sont mis en retrait depuis. » Et lorsqu’on va interroger El-Hadj Mody Sylla, le premier vice-président du HCIM, un voyagiste débonnaire de 82 ans, celui-ci se montre très circonspect dans ses réponses, comme s’il craignait de raviver les tensions : « Le Mali est un pays laïque. Nous sommes favorables à un islam ouvert et tolérant. » Cette déclaration est désormais la ligne officielle de tous les dirigeants religieux, plus conforme à l’état d’esprit de la majorité des Maliens. Même le ministère des affaires religieuses, créé l’an passé sous l’impulsion du HCIM et confié à l’un de ses représentants, contient, dans son intitulé de mission, la « lutte contre la radicalisation ».

Malgré ce retour à des positions modérées de la part de ceux qui ont prêché un islam plus radical pendant des années, des observateurs restent méfiants. Comme cette diplomate occidentale qui demeure inquiète : « La violence dans le Nord a été rejetée par les gens du Nord eux-mêmes, mais on peut aussi se demander si cela n’a pas provoqué une désensibilisation des gens qui peut, en retour, produire plus de radicalisation. » Car, ajoute-t-elle, « l’explosion démographique de la jeunesse, le manque d’emplois, la mauvaise qualité de l’éducation associés à la capacité des groupes terroristes de distribuer beaucoup d’argent pour s’attacher des fidélités, continuent de représenter une menace de radicalisation pour l’avenir ».

Il n’y a pas beaucoup d’optimisme à dénicher dans ces douze mois de crise malienne qui se sont conclus par une intervention militaire de l’ancienne puissance coloniale. Sauf, peut-être, sur cette question de la place de la religion. Confrontés à l’extrémisme et aux positions ambiguës de certains leaders religieux, les Maliens ont, dans leur immense majorité, choisi de suivre la voie de leurs racines, celles d’une culture d’ouverture et de tolérance.

 

Sources Mediapart

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 16:59

Bamako, de notre envoyé spécial

Quand on demande aux Maliens ce qu’ils savent du déroulement du coup d’État du 22 mars 2012, ils racontent tous peu ou prou la même histoire. À savoir : alors que des autonomistes touaregs alliés à des groupes islamistes se sont emparés début 2012 de plusieurs villes du nord du pays, mettant en déroute l’armée, un groupe de jeunes lieutenants décide de manifester son mécontentement contre sa hiérarchie, jugée incompétente, et contre le pouvoir politique, accusé d’avoir longtemps joué double jeu avec les rebelles. Sortis de leur caserne, dans Bamako, les jeunes officiers ne savent pas trop comment procéder. Ils rencontrent alors le capitaine Amadou Haya Sanogo dans un bar, qui leur demande : « Vous avez pensé à marcher sur l’ORTM (radio-télévision publique) ? » Non, ils n’y ont pas songé. Sanogo, qui parle bien le français et l’anglais, leur propose alors, s’ils prennent l’ORTM, de se faire leur porte-parole sur les ondes. Et c’est ce qui se passa…

Si cette version de l’histoire est sans doute trop simpliste pour être vraie, elle contient un élément de vérité important qu’un ambassadeur européen résume ainsi : « Ce fut un coup d’État accidentel. » Une mutinerie qui s’est retrouvée aux commandes d’un pays. Une armée démoralisée, corrompue, peu compétente, qui ramasse presque par erreur un État en train de s’effondrer… et qui accentue la crise.

Car malgré le soutien initial d’une majorité de la population qui n’en pouvait plus de l’inertie et des petits arrangements du président Amoudou Toumani Touré (ATT), le capitaine Sanogo a endossé un costume bien trop grand pour lui. La moitié du pays tombe dans la main des séparatistes, des trafiquants et des djihadistes, la communauté régionale et internationale n’accepte pas ce coup de force, et Sanogo n’est assurément pas la réincarnation d’un autre capitaine de légende, Thomas Sankara. Les putschistes sont divisés entre eux et incapables de mener des actions symbolisant leur volonté de changer les choses (audits financiers, coups de balai dans les ministères, y compris chez eux au sein du corps des généraux qui totalise 70 têtes pour une armée de quelques milliers de soldats). Sans même parler de leur incapacité à disputer le Nord aux groupes armés.

Au bout du compte, après rétablissement d’un pouvoir civil temporaire, Sanogo et les siens deviennent, au second semestre 2012, un facteur d’instabilité supplémentaire : ils agissent en coulisse, agressent le président et démettent le premier ministre quand ils veulent se faire entendre, proclament qu’ils vont reconquérir le Nord sans l’aide de personne et, in fine, fomentent un nouveau coup d’État qui n’échoue que grâce à l’intervention militaire française le 11 janvier 2013 (de nombreux interlocuteurs officiels nous ont confirmé ce point, ainsi que la décision française qui a consisté à envoyer 400 soldats tricolores pour les stationner à Bamako, geste exclusivement destiné à empêcher un second putsch).

Aujourd’hui, Sanogo a été catapulté à la tête d’une commission en charge de la réforme de l’armée – avec le plus haut salaire de la République malienne, l’équivalent de plus de 6 000 euros par mois –, ce qui est censé neutraliser ses ambitions et le faire rentrer dans le rang. Mais les avis demeurent partagés sur la question. Si certains analystes et diplomates pensent « qu’il n’est plus le problème numéro 1 », qu’il est « dans une logique d’apaisement » ou encore qu’il s’est « décrédibilisé en défendant l’idée d’une reconquête du Nord par l’armée malienne qu’il a été incapable de mener à bien », d’autres estiment qu’il « demeure une épine dans le pied » et que « la France doit le faire sortir car il représente toujours une capacité de nuisance ». Ce qui est sûr, c’est que les pays voisins continuent d’essayer de lui trouver une porte de sortie en exil (le Nigeria lui a proposé un poste et le Gabon a déjà accueilli certains de ses co-putschistes). Car il continue de s’agiter dans les coulisses. On l’a vu récemment avec l’arrestation et l’inculpation d’un journaliste malien, directeur de la publication de L’Indépendant, qui a eu pour seul tort de publier la lettre ouverte d’un soldat dénonçant les « avantages financiers » accordés à Sanogo. Cette réaction démesurée traduit certes la fébrilité du gouvernement intérimaire, mais aussi l’influence que continue d’exercer le capitaine putschiste. « Sanogo a placé des hommes à lui au pouvoir : plusieurs ministres, des préfets et des gouverneurs », rapporte un ancien conseiller d’ATT. « Je ne pense pas qu’ils préparent son retour – avec les Français, cela semble impossible – mais ils entendent faire taire les critiques et préserver les intérêts de Sanogo. »

Car la figure principale des putschistes sait que la restauration des institutions légales et légitimes pourrait sonner le glas de son impunité. Selon Amadou Bocar Teguete, le vice-président de la Commission nationale des droits de l’homme, « le coup d’État est un crime imprescriptible dans la Constitution. On aurait dû arrêter les auteurs du putsch quand on a rétabli un gouvernement civil, et je pense qu’il faudra le faire quand on aura élu un nouveau président. Ce coup d’État a causé beaucoup de morts, à la fois directement et aussi en favorisant les islamistes qui ont commis de multiples violations des droits de l’homme ». Cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête n’est pas du goût de Sanogo, ce qui explique d’un côté ses coups de griffes en coulisses, et de l’autre que des pays cherchent à lui faire miroiter un exil doré...

Le bon et le mauvais côté de cette situation, c’est que derrière le remuant capitaine et ses réseaux, l’armée malienne n’existe pour ainsi dire plus. N’ayant jamais été une armée de pointe, même en Afrique, elle est aujourd’hui démoralisée, divisée et humiliée par les Français et les Tchadiens qui se battent à sa place. Elle est probablement incapable de monter un nouveau coup d’État, mais elle ne peut pas non plus assurer la sécurité du pays.

«Pour avoir une force de maintien de la paix, il faut d’abord avoir une paix à maintenir»

En intervenant précipitamment en janvier, la France a bouleversé le calendrier qui avait été soigneusement établi avec l’ONU et l’Union européenne: envoi d’une force internationale africaine et formation de l’armée malienne pendant plusieurs mois avant que ces deux entités n’unissent leur force pour reconquérir le territoire malien… à l’automne 2013. Maintenant que tout cela a été chamboulé, le nouveau plan d’action est le suivant : remplacer les troupes françaises par une force africaine qui, dès le vote d’une résolution du Conseil de sécurité (espérée pour mi-avril), se coifferait d’un casque bleu, pendant que l’Union européenne se lance dans la formation et l’équipement de l’armée malienne. Comme souvent, ces ambitions paraissent très pertinentes sur le papier. Dans les faits, cela risque de s’avérer plus compliqué, ainsi que le reconnaissent les diplomates de plusieurs pays en citant une des maximes préférées de l’ONU : « Pour avoir une force de maintien de la paix, il faut d’abord avoir une paix à maintenir. »

Cette évidence se heurte à la réalité de la situation au Mali. Si la France a délogé, éparpillé et sérieusement affaibli les groupes armés islamistes, elle ne les a pas éliminés, comme le démontrent les attentats et les affrontements qui continuent de se produire à Gao, Kidal ou Tombouctou. Or les casques bleus se révèlent rarement compétents face à ce type de menaces, pouvant potentiellement miner n’importe quelle mission de « maintien de la paix ». Un haut responsable du Quai d’Orsay à Paris l’admet : « Nous savons que c’est ce qui va coincer aux Nations unies lors des discussions sur la résolution : il va y avoir des réticences à envoyer une mission de l’ONU s’il continue à y avoir des actions terroristes. » Le plan français qui consiste à garder des troupes d’appui aux casques bleus sur une base régionale (forces spéciales, renseignement et moyens de réaction rapide) au Mali ou, plus probablement au Niger, pour prêter main forte aux casques bleus, n’est pas non plus la panacée.

© Thomas Cantaloube

 

Concernant le second volet, les militaires européens ont commencé à arriver au Mali pour entreprendre, en plusieurs étapes et durant quinze mois, la formation de quatre bataillons de l’armée malienne, soit 2 400 soldats, la moitié des forces combattantes. De manière typiquement européenne, les 200 formateurs et leurs 200 soutiens logistiques proviennent de 22 pays différents et il a fallu quémander, un par un à Bruxelles, les 150 soldats chargés de les protéger. Un officier européen chargé de cette formation ne cache pas le « constat négatif » qui est porté sur l’armée malienne, « déstructurée et manquant d’organisation et de matériel ». Mais, juge-t-il, « il existe une vraie volonté de la part des officiers, notamment les colonels, de reprendre en main et de réorganiser leur armée. Ils se sont fait peur et ils ont vraiment eu peur de disparaître en janvier ».

Quand on mentionne auprès des formateurs ou des diplomates européens deux précédents plutôt négatifs en termes de formation militaire (les États-Unis au Mali ces dernières années, à commencer par Sanogo lui-même, et l’Otan en Afghanistan), les sourcils se froncent. Mais leurs réponses sont prêtes. L’erreur des Américains au Mali a été la dilution : former quelques unités disparates puis les réintégrer dans le commun de la troupe. Celle de l’Otan (et principalement des Américains) en Afghanistan, c'était son ambition : vouloir créer une armée entière à partir de rien. « La situation n’est pas du tout comparable avec celle de l’Afghanistan, ne serait-ce qu’en termes de volume », se défend un officier européen. « Les Américains se sont même occupés du recrutement, alors que nous sommes là pour organiser ce qui existe déjà. De plus, la population malienne n’est pas du tout hostile, contrairement aux Afghans. »

Les Européens le reconnaissent d’emblée, comme ce diplomate en poste à Bamako : « L’objectif n’est peut être pas très ambitieux par rapport au défi, mais les États membres de l’UE sont réticents. » Il n’empêche, les formateurs commencent déjà à parler d’une prolongation et d’une extension de leur mission (alors qu’elle n’a pas encore démarré !). Car c’est généralement la principale caractéristique de ces opérations de formation et de maintien de la paix : elles ont tendance à gonfler et flotter en l’air très longtemps. Les Africains ont une expression pour cela : « les éléphants blancs », ces projets démesurés dont le coût est inversement proportionnel à la qualité de la réalisation. Les missions internationales au Soudan ou en République démocratique du Congo en sont deux exemples emblématiques. Certes, le Mali semble un problème bien moins vaste et inextricable, mais ce genre de projet a tendance à vivre sa propre vie.

L’armée au Mali ne semble plus une menace pour l’avenir du pays, mais elle est encore loin de représenter un marchepied pour la reconstruction et la nécessaire sécurisation du pays.

 

Souces : Mediapart

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 12:47

De notre envoyé spécial à Bamako

Une lecture de la presse à Bamako début mars donne une bonne idée des préoccupations locales : les unes des quotidiens sont quasi exclusivement consacrées aux différentes manœuvres politiques préparatoires à l'élection présidentielle de juillet : déclarations de candidatures, manœuvres internes de succession dans les différents partis, soutien des uns aux autres, etc. La guerre dans le Nord, menée par les soldats tchadiens et français, est, elle, reléguée à des titres de bas de page. La presse malienne n’a certes jamais été très pertinente, étant le reflet d’une « société civile instrumentalisée et politisée » selon plusieurs intellectuels maliens. Mais elle renvoie néanmoins l’image d’une classe dirigeante toute tournée vers ses petits égoïsmes. Cette élite, justement, qui a présidé à l’effondrement du pays en 2012.

Lorsque le capitaine Amadou Haya Sanogo est apparu à la télévision le 22 mars 2012 pour annoncer la suspension de la Constitution, la fermeture des frontières et un couvre-feu, dans un pays qui venait de fêter ses vingt ans d’une démocratie que les Occidentaux considéraient comme « modèle », il n’a curieusement pas été si mal accueilli par une large frange de la population malienne. Chose plus surprenante, les jeunes diplômés, les militants anti-corruption et les réformateurs de tous acabits, des gens que l’on classerait à gauche dans la plupart des pays occidentaux, se sont pour la plupart félicités de ce coup d’État militaire, en parlant, comme un jeune entrepreneur, d’une « bouffée d’air frais ».

Amadou Bocar Teguete : « Il n’y a pas d’effet sans cause. En vingt ans de démocratie, quels sont nos acquis ? »Amadou Bocar Teguete : « Il n’y a pas d’effet sans cause. En vingt ans de démocratie, quels sont nos acquis ? »© Thomas Cantaloube


« Le Mali était un État gangrené » ; « C’était une démocratie Potemkine » ; « Une démocratie d’apparence et sans substance », tels sont les qualificatifs peu amènes aujourd’hui utilisés par les diplomates étrangers et les intellectuels maliens. Il aurait certes été intéressant de le dire publiquement avant la crise, mais la question est aujourd’hui celle de l’avenir, après le triple électrochoc subi par le Mali : perte de la moitié de son territoire, coup d’État, intervention militaire française.

Doté aujourd’hui d’un gouvernement de transition civil et à nouveau souverain sur la quasi-totalité de la nation grâce à Paris, le pays s’achemine vers des élections présidentielles pour le mois de juillet. Et personne ne semble penser que cela soit une bonne nouvelle dans le contexte de naufrage politique qui prévaut à Bamako.

« Si les élections se passent bien, cela signifie que l’on n’aura rien réglé ! » constate amèrement un haut fonctionnaire de l’Union européenne, qui va participer au financement de ce scrutin. « Car cela voudra dire que l’ancienne classe politique qui était autour d’Amadou Toumani Touré (NDLR : le président déchu par le coup d’État qui était à la tête du pays depuis 2002) revient au pouvoir. » « Et pourtant, il nous faut cette élection », ajoute-t-il un brin défaitiste.

Depuis le coup d’État de mars 2012, le Mali n’a plus de gouvernement légitime. Cela pose problème aux pays occidentaux, à la fois en terme d’assistance (les États-Unis par exemple ne peuvent pas légalement aider un gouvernement issu d’un putsch), mais aussi par rapport à la viabilité des décisions prises par ledit gouvernement. « Les institutions qui sont légales aujourd’hui ne sont pas légitimes, et celles qui sont légitimes ne sont pas légales », juge un ancien ministre malien qui se dit réformateur.

Début janvier, une délégation de six ambassadeurs à Bamako (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Canada, Danemark et Suède) a été voir le président par intérim Dioncounda Traoré pour demander que des élections présidentielles aient lieu rapidement. Dans les jours qui ont suivi, ce dernier a validé une feuille de route qui traînait depuis des mois, fixant la date du scrutin. Mais pour la plupart des analystes, cette échéance arrive trop tôt. Non seulement parce que le nord du pays, qui vient d’être libéré, ne semble pas en état de voter : plusieurs centaines de milliers de personnes sont déplacées ou réfugiées dans les pays voisins, et les bâtiments publics sont saccagés. Mais aussi et surtout parce qu’organiser un scrutin présidentiel dans quelques mois ne permettra pas aux nouvelles têtes dont le Mali a tant besoin d’émerger.

«Ils savent que s’ils perdent leurs postes au gouvernement, ils risquent d’aller en prison !»

« Ceux qui sont en place ont tout intérêt à ce que les élections se déroulent le plus vite possible », estime le politologue Mahamadou Diawara. Car ils bénéficient de la notoriété et d’une assise politique – pour ne pas dire un réseau clientéliste – que les nouvelles têtes politiques qui commencent à surgir n’ont pas. « Tout le monde au Mali a bien compris qu’on ne pouvait plus continuer comme avant et qu’il faut du changement. Même les gouvernants actuels ont compris cela, mais est-ce eux qui vont impulser le changement ? C’est peu probable », répond Diawara.

L’anthropologue Birama Diakon va plus loin : « Il faudrait que ceux qui nous ont gouvernés pendant deux décennies se disent : “20 ans, ça suffit, on se retire !” Mais ils savent que s’ils perdent leurs postes au gouvernement, ils risquent d’aller en prison ! C’est pour cela que nous assistons aujourd’hui à la formation d’une coalition de tous ceux qui veulent sauver leur tête… »

Au sein de l’Adema, le parti dominant depuis 20 ans, il y a actuellement une vingtaine de postulants qui s’affrontent pour être désignés candidat à l’élection présidentielle. Et ceux qui savent d’ores et déjà qu’ils ne seront pas sélectionnés s’en vont pour créer leur propre parti. « Ces gens ne se battent pas pour des idées ou pour une vision du Mali, mais pour défendre leur propre position, leur propre intérêt », juge un diplomate occidental. « C’est assez désespérant. »

Moussa Mara : « Nous sommes un pays où la gérontocratie est très forte »Moussa Mara : « Nous sommes un pays où la gérontocratie est très forte »© Thomas Cantaloube


Un mardi matin de mars, dans son bureau éclairé au néon de maire de la Commune IV de Bamako, Moussa Mara reçoit ses administrés pour entendre leurs problèmes et essayer de les résoudre. À 38 ans, il fait figure de benjamin de la politique malienne et c’est sans doute la raison pour laquelle il est fréquemment cité comme une des incarnations de la « nouvelle génération » de dirigeants que de nombreux Maliens appellent de leurs vœux. « Nous sommes un pays où la gérontocratie est très forte », s’amuse-t-il, sachant que c’est le principal obstacle qu’il doit surmonter. Éduqué en France (comme expert-comptable), cela fait dix ans qu’il est entré en politique au niveau local. Mais il entend désormais passer à l’étape supérieure en se présentant à la présidentielle.

Outre le bilan de la gestion de sa commune, il s’appuie sur une qualité rare au Mali pour défendre sa candidature : Moussa Mara écrit régulièrement, des livres (téléchargeables gratuitement sur son site internet) mais aussi des tribunes et des textes de conférences. « Je suis un des seuls politiques qui expose ses idées dans des textes. Je trouve que c’est la moindre des choses pour un homme public, mais au Mali on choisit trop souvent les candidats sur qui ils sont et sur ce qu’ils ont… » 

Sa « marque de fabrique », comme il dit, c’est « la gouvernance, la façon d’interagir avec les citoyens ». « On ne va pas se démarquer sur la politique économique, il faut être réaliste, nous sommes un pays pauvre et nous n’avons aucune marge de manœuvre », assène-t-il. « Il nous faut travailler à résorber ce fossé entre la population et des élites dirigeantes prédatrices, corrompues et incompétentes. »

 

«Le mal est le meilleur professeur de l’Homme. Car le mal te pousse à te corriger»

Malgré sa fraîcheur et son discours bienvenus dans un contexte où tous les Maliens disent qu’ils veulent « le changement », Moussa Mara a-t-il des chances ? Fort peu, selon tous les observateurs qui prédisent l’élection d’une personnalité qui aura servi durant ces vingt dernières années dans une position ou une autre. Au moins trois des ambassadeurs occidentaux qui ont poussé à une présidentielle rapide estiment que ce scrutin débouchera au mieux sur un nouveau « gouvernement de transition ».

« Il ne faut pas se leurrer », appuie l’un d’eux, le candidat qui sera élu sera un président de transition, mais il sera un président légitime. On s’engage dans une phase de reconstruction qui sera aussi une phase de transition. J’espère que cette période permettra le renouvellement de la classe politique. » 

Moumouni Soumano : « Ce qui est arrivé au Mali n’est pas spécifique au Mali »Moumouni Soumano : « Ce qui est arrivé au Mali n’est pas spécifique au Mali »© Thomas Cantaloube

Le Mali demeure l’un des pays les plus pauvres du monde. Il est enclavé, immense et en partie désertique. Ses ressources naturelles sont rares ou inexploitées. Un courant séparatiste existe depuis des décennies et l’influence grandissante d’un islam fondamentaliste est une réalité. Ses dirigeants politiques ne se sont pas montrés à la hauteur des enjeux, préférant se servir du pays plutôt que de le servir. Pour autant, personne ne perçoit ce qui est arrivé au Mali comme une calamité distinctive.

« Ce qui est arrivé au Mali n’est pas spécifique au Mali : les faiblesses du processus démocratique sont les mêmes, voire pires, au Burkina Faso, au Niger, au Sénégal ou au Tchad », analyse le politologue Moumouni Soumano. Tous sont des pays sans réelle opposition ou en tout cas sans partage du pouvoir, avec des législatures croupions, une société civile (associations, syndicats, médias) faible ou manipulée, des institutions corrompues alors qu’elles devraient donner l’exemple (police, armée, justice), et un président qui cumule tous les pouvoirs, dont celui de nomination qui lui assure des fidélités. « Il faut que les populations ne perçoivent plus le président de la République comme Dieu sur terre », conclut Soumano.

Ce serait déjà un bon début. « Il n’y a pas d’effet sans cause. En vingt ans de démocratie, quels sont nos acquis ? » soupire Amadou Bocar Teguete, le vice-président de la Commission nationale des droits de l’homme, qui préfère ne pas répondre à sa propre question. Mais comme il est optimiste, il cite un proverbe bambara, qu’il traduit dans la foulée : « Le mal est le meilleur professeur de l’homme. Car le mal te pousse à te corriger. »

 

Sources : Mediapart
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26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 11:04

De notre envoyé spécial à Bamako

Affalé dans sa chaise en plastique, confortablement installé à l’ombre du mur de sa maison, Arounata Diallo occupe ses journées à discuter. À 87 ans, malgré une audition un peu défaillante, il a des souvenirs et des expériences à partager. Selon ses voisins, il est le doyen de ce quartier du centre-ville de Bamako situé entre la gare et le musée. Quand on se penche pour lui demander son avis sur la crise que traverse son pays, il n’hésite pas un instant : « Je suis né en 1925 et sur mon acte de naissance, il est inscrit “Liberté, Égalité, Fraternité”. Avant, les Soudanais étaient les premiers, les bons élèves, les modèles, aujourd’hui les Maliens sont les derniers en tout (NDLR : le Mali s’est appelé le Soudan français jusqu’en 1960). Après le départ de la France, les pillards sont arrivés ! Nos dirigeants sont tous des brigands ! »

Parmi les Maliens de la génération d’Arounata Diallo, cette « nostalgie coloniale » est très répandue. Que ces anciens se souviennent avec bienveillance d’une métropole qui construisait des infrastructures, éduquait les gens et imposait un semblant de bonne gouvernance, et que s’effacent dans les brumes de leur mémoire la servitude, l’infantilisation et le racisme est une chose. Mais que des plus jeunes, parfois des bien plus jeunes, se tournent aujourd’hui vers l’ancienne puissance coloniale avec des espoirs et des attentes parfois irréalistes est bien plus troublant. Surtout si l’on considère que le Mali s’était éloigné de la France ces dernières décennies (voir la série publiée en 2009 par Mediapart, « Le Mali, tout un monde sans la France »).

Il n’y a aucun doute possible : l’intervention armée de la France au Mali le 11 janvier 2013 a radicalement changé la donne des relations entre les deux pays. À Bamako, lors d’une centaine de rencontres début mars, fortuites ou organisées, avec toutes les couches de la population et des Maliens de toute provenance, tout le monde salue sans exception la décision de Paris d’envoyer des soldats pour libérer le nord du pays et chasser les groupes armés islamistes.

Les drapeaux maliens et français sont fréquemment suspendus côte à côte dans la rue et sur les voitures, un certain nombre de futurs papas promettent que leur enfant s’appellera « Françoishollande », et des tissus sont en vente au grand marché de la capitale avec des imprimés qui saluent l’alliance franco-malienne sur fond de colombe et de visage du président français. Cela peut sembler folklorique, pourtant les sentiments sont là.

Mais comme toute relation, celle-ci fonctionne dans les deux sens. Et quand l’ancienne puissance coloniale, même si elle est accueillie à bras ouverts, sauve la mise et remet les bottes sur le sol de son ancienne tutelle, les choses ne sont forcément pas simples. Ou pour écrire les choses crûment : la France possède-t-elle aujourd’hui un mandat néo-colonial pour remettre le pays sur pied ?

Après avoir restauré l’intégrité territoriale du pays, Paris doit-il s’assurer que le Mali ne retombe pas dans la fosse des États en faillite et, par conséquent, veiller à ce que les futures élections se déroulent correctement ? Que la sécurité soit garantie partout ? Que de nouvelles têtes émergent pour remplacer une classe politique vieillissante et corrompue ? Que la bonne gouvernance soit la priorité des priorités ? Que la question du Nord soit résolue une bonne fois pour toutes ?...

Car, tout le monde en est convaincu au Mali, qu’il s’agisse des Maliens eux-mêmes ou des observateurs étrangers, si des réformes sérieuses ne sont pas entreprises (politiques, administratives, militaires), ce qui s’est produit en 2012 – l’effondrement d’un État – se reproduira. Cinquante ans après les indépendances africaines, la crise au Mali est autant une adresse aux autres pays de la région (« Qu’avez-vous fait de votre indépendance ? ») qu’un défi à l’ex-puissance colonisatrice sur la manière dont elle entend aider le pays, et non pas en profiter ou le manipuler. François Hollande a promis de mettre fin à la Françafrique, comme tous ses prédécesseurs qui n’en ont rien fait. Il bénéficie d’une occasion en or de réinventer une autre politique vis-à-vis de l’Afrique francophone. Mais il risque également de se retrouver avec un pays à la dérive sur les bras, que Paris devra financer et soutenir pour les décennies à venir.

«La France a une responsabilité particulière. Il me paraît difficile que l’on se dérobe»

Dans son bureau dénudé du ministère du tourisme, où il conduit une mission sur le développement touristique du sud du pays – une tâche qu’il juge lui-même bien compliquée dans la situation actuelle –, l’anthropologue Birama Diakon en convient avec un mélange de tristesse et de résignation : « Cela me fait mal de dire cela, mais la France est obligée de mettre son nez dans les affaires maliennes. On est humiliés, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Même les Tchadiens nous donnent des leçons en se battant pour notre territoire. Le Mali sera un pays sous tutelle. Si ce n’est celle de la France, ce sera celle de l’Union européenne. »

Une expatriée européenne de longue date au Mali a récemment rendu visite à l’un de ses amis enseignant dans une école de quartier de Bamako. Ce dernier avait demandé à ses élèves de six ans de raconter ce qu’ils pensaient des Français. « La plupart liaient les Français à leur équipement : les chars, les missiles, les Rafale… », se souvient-elle. « Et l’un d’entre eux a eu cette phrase terrible de sens : “Les Français se déplacent en avion pendant que les Maliens sont à terre.” »

Arounata Diallo: « Je suis né en 1925 et sur mon acte de naissance, il est inscrit "Liberté, Egalité, Fraternité" »Arounata Diallo: « Je suis né en 1925 et sur mon acte de naissance, il est inscrit "Liberté, Egalité, Fraternité" »© Thomas Cantaloube

« Après tout ce que la France a fait, elle ne peut pas accepter que cela soit défait », poursuit Birama Diakon, qui accepte la sentence qu’un de ses amis lui a confiée : « On ne philosophe pas sur les intentions de son libérateur ! » De nombreux Maliens insistent aussi sur le « prix du sang » que paient les soldats français qui se battent dans le pays (cinq sont morts en opération depuis janvier) et estiment donc que Paris s’est trop engagé pour se retirer une fois les opérations militaires terminées. D’autres enfin évoquent la notion de « dette coloniale », qui aurait « obligé » moralement la France à intervenir pour sauver le Mali.

À toutes ces demandes et à ces remerciements qui sont autant de plaidoyers pour davantage de sollicitude, que répond la France ? Christian Rouyer, l’ambassadeur tricolore au Mali, ne cherche pas à camoufler ces enjeux : « La France a une responsabilité particulière. Il me paraît difficile que l’on se dérobe. » Mais à cela, il ajoute dans la foulée, comme l’ont déjà répété l’Élysée et le Quai d’Orsay : « Nous appelons de nos vœux une force de stabilisation des Nations unies qui prenne en charge à la fois la sécurité sur le terrain et la reconstruction de l’État malien. »

L’idée d’un face-à-face France-Mali ne réjouit en effet personne parmi les intellectuels ou les élites bamakoises qui sont conscientes du poids du passé. Le politologue Mahamadou Diawara rappelle opportunément que « dans la sous-région, c’est avec le Mali que la France a les relations les plus compliquées. Pour les Maliens, Modibo Keïta, le héros de la lutte pour l’indépendance, a chassé les Français et tous ses successeurs se sont placés dans son sillage. Moussa Traoré s’est opposé à Mitterrand, Alpha Oumar Konaré s’est opposé à Chirac et même Amadou Toumani Touré, qui était pourtant conciliant, s’est opposé à Sarkozy sur la question des visas. À un moment donné, tout chef d’État malien, et même africain, doit dire “Non !” à la France ».

Si les Maliens accueillent aujourd’hui avec enthousiasme l’immixtion française dans leurs affaires intérieures et extérieures, tout le monde, des deux côtés du Sahara, a bien conscience que ce mariage de raison n’est pas destiné à durer. Moussa Mara est un jeune politicien malien, maire d’une commune de Bamako et candidat à l’élection présidentielle prévue pour juillet. Éduqué en France mais investi au Mali, il fait partie d’une nouvelle génération d’élus que beaucoup d’observateurs espèrent voir occuper des postes de responsabilité afin de remplacer l’ancienne élite discréditée. Lui aussi pense qu’il faut « sortir du tête-à-tête avec la France. Pour les intérêts français, il vaudrait mieux que cela soit l’ONU qui prenne très vite les choses en main. Cela éviterait toutes les accusations d’influences coloniales 

Nous sommes indépendants officiellement, mais pas politiquement »

Mais voilà, comme le rappelle sans détour un ambassadeur européen en poste au Mali, « l’histoire des missions de l’ONU en Afrique n’est pas reluisante. De plus, les troupes de maintien de la paix ne sont pas faites pour des missions anti-terroristes ». Cette critique, assez fréquente de la part de ceux qui tirent le bilan des missions des Nations unies en République démocratique du Congo ou au Soudan, est immédiatement repoussée par l’ambassadeur de France à Bamako : « La situation au Mali n’est pas celle de la RDC ou du Rwanda. Il faut un mandat adapté au Mali. »

Ce qui signifie, en plus de soldats de maintien de la paix, un investissement considérable dans tous les domaines du pays qui se sont effondrés ou qui n’ont jamais vraiment fonctionné : politique, administration, armée, infrastructures, redéfinition des relations entre Nord et Sud du pays et même l’économie.

© Thomas Cantaloube

L’autre partenaire envisagé est l’Union européenne. Autant les États membres renâclent à fournir des soldats, y compris pour la mission de formation de l’armée malienne qui doit démarrer en avril, autant la délégation de l’Union européenne à Bamako a déjà commencé à débloquer des crédits qui avaient été gelés depuis le coup d’État de mars 2012. L’UE s’apprête également à fournir une « enveloppe d’appui budgétaire » en urgence de 225 millions d’euros pour rétablir les services de base de l’État. Sachant que plus de la moitié du budget du Mali provient de l’aide internationale, cette assistance est cruciale.

Mais, dans le même temps, toutes les nouvelles injections d’argent dans un système fonctionnant avec les mêmes personnes et les mêmes institutions risquent d’aboutir au même résultat : la corruption et le clientélisme que tout le monde dénonce depuis des années. Au-delà du ouï-dire et des histoires que tout le monde raconte mais peut difficilement prouver, le Mali est l’un des rares pays à avoir été pris la main dans le sac par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme suite à des détournements de fonds au sein du ministère de la santé. Un fonctionnaire a été traduit devant la justice, mais le ministre n’a pas été inquiété.

Comment aider le Mali aujourd’hui sans reproduire les erreurs du passé ? Comment pousser à la réforme de la gouvernance et au renouvellement de la classe politique sans donner le sentiment d’une mainmise néo-coloniale ? C’est la question qui est posée aujourd’hui à la France et à François Hollande spécifiquement, et sans doute prochainement à la communauté internationale. « J’ai bien peur que si les Français ne soutiennent pas l’idée qu’il faut faire du neuf dans le pays, on va tout glisser sous le tapis et, dans quatre à cinq ans, il se produira à nouveau une grave crise », confie Violet Diallo, une Anglo-Malienne qui travaille dans le développement au Mali depuis trente ans.

Comme en écho, le politologue Moumouni Soumano lui répond : « À tous ceux qui plaident pour la rupture, je leur réponds que nous sommes indépendants officiellement, mais pas politiquement : notre système politique, notre façon de penser, notre langue, notre République… tout cela vient de la France ! Il faut arrêter d’être hypocrite. Il faut admettre que nos destins sont liés. Ce qui ne doit pas nous empêcher d’inventer une nouvelle relation. »

A suivre

Sources Mediapart

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 18:04

La rengaine se récite sans peine : nous vivons dans un village planétaire où les nouvelles technologies, le commerce, la finance, mais aussi l’information, le sport et la culture ont fait voler en éclats les barrières nationales. Mobilité, fluidité, adaptabilité, le tiercé semble paré de toutes les vertus et chaque métier peut désormais revendiquer le label « sans frontières ». Médecins, pharmaciens, reporters, électriciens, architectes, archivistes... « On ne donne pas cher des professions et associations qui oublieraient sur leur carte de visite ce “Sésame, ouvre-toi” des subventions et des sympathies. “Douanier sans frontières”, c’est pour demain (1) », ironise un intellectuel français.

Pourtant, loin du « décloisonnement » tant vanté, des séparations de toutes sortes (physiques, culturelles, symboliques...) continuent de fragmenter les sociétés. Dans les villes, les nantis se barricadent dans des gated communities, lotissements-bunkers et résidences privées où alarmes, vigiles, digicodes et caméras de surveillance veillent à leur quiétude ; ils protègent la réputation de leurs écoles grâce à une carte scolaire aux contours rigides qui enferme les jeunes des quartiers populaires dans des « zones urbaines sensibles » au découpage géométrique.Lors de ses loisirs ou sur son lieu de travail, il est rare qu’un cadre supérieur croise un ouvrier : au sein d’un même pays, l’entre-soi domine, le fossé social se creuse.

Quant aux frontières nationales, elles n’ont pas davantage disparu. Au centre de multiples conflits territoriaux, elles se sont même étendues — depuis 1991 et l’implosion de l’URSS, plus de vingt-sept mille kilomètres de frontières ont été créés dans le monde, venant s’ajouter aux deux cent vingt mille kilomètres déjà existants — et renforcées. Aux quatre coins de la planète, des dizaines de milliers de policiers et de militaires, fusil en main, empêchent le passage d’intrus. Entre l’Ouzbékistan et le Kirghizstan, l’Inde et le Bangladesh, le Botswana et le Zimbabwe, les Etats-Unis et le Mexique, des murs se dressent pour écarter les voisins indésirables.

Mais ils n’arrêtent pas les migrations : ils les filtrent. Minutieusement gardée, avec sa barrière haute de cinq mètres, ses mille huit cents tours de surveillance et ses vingt mille agents de sécurité, la frontière américano-mexicaine est aussi la plus souvent franchie au monde, en toute légalité, avec plus de cinquante millions de passages par an. Même le mur israélien, construit pour encercler le peuple palestinien, abrite trente et un points de passage (2). Puisqu’il est impossible d’empêcher le mouvement des hommes, faut-il lever toute entrave à la liberté de circulation ?

Soulever cette question peut conduire à découvrir d’étonnantes convergences. Soucieux de préserver un droit humain fondamental, une grande partie des altermondialistes plaident pour une « politique ouverte de l’immigration », afin d’en finir avec des contrôles jugés aussi inutiles et dangereux que coûteux et inefficaces (3). A l’opposé du spectre politique, les porte-voix du néolibéralisme proposent la même réponse, mais avec d’autres arguments. Selon eux, la disparition progressive des frontières économiques, à grand renfort d’accords de libre-échange et autres unions douanières, doit s’accompagner d’une libéralisation des mouvements de population. Une telle mesure permettrait à l’économie mondiale de « s’enrichir de 39 000 milliards de dollars en vingt-cinq ans (4) », prophétise même l’économiste Ian Goldin, ancien vice-président de la Banque mondiale. C’est même au nom du « développement des entreprises » que le patronat britannique s’est opposé au gouvernement conservateur, son allié habituel, quand celui-ci a proposé de limiter les flux migratoires (5)...

La convergence entre banquiers d’investissement et militants progressistes s’explique en partie par l’ambivalence des frontières, qui partagent les peuples et les cultures en même temps qu’elles les rassemblent et les préservent ; qui sont source de guerres, mais constituent des espaces d’échanges, de négociations, de rencontres culturelles, diplomatiques, commerciales. Menaçantes et protectrices, elles cristallisent les « deux manières de se perdre » définies par Aimé Césaire, « par ségrégation murée dans le particulier et par dilution dans l’universel (6) ».

Benoît Bréville

 

Sources : Le Monde Diplomatique

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 10:26

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 15:48

 

Le pape a reçu au Vatican des milliers de représentants du monde du cirque qu'il a encouragé à continuer "à étonner et susciter l'émerveillement, à offrir des occasions de fête et de sain divertissement", en dépit des difficultés de leur métier. "Avec la variété de vos professions et l'originalité des spectacles, vous savez comment étonner, susciter l'émerveillement, offrir des occasions de fête et de sain divertissement", a dit le pape aux gens du cirque réunis dans la grande salle Paul VI du Vatican.

Benoît XVI
a fait l'éloge "des valeurs qui font partie de la tradition" des gens du cirque comme "l'amour pour la famille, la tendresse pour les petits, l'attention pour les handicapés, le soin des malades et la valorisation des personnes âgées et de leur expérience". "Dans votre milieu on préserve le dialogue entre les générations, le sens de l'amitié, le goût de travail d'équipe", a poursuivi le pape, saluant les "vertus" de ce métier, "renoncement et sacrifice, responsabilité et persévérance, courage et générosité".

Le pape a également relevé tous les problèmes liés à ce mode de vie et de travail, "l'éducation des enfants, la recherche de lieux adaptés pour les spectacles, les autorisations pour les spectacles et les permis de séjour pour les étrangers".

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 18:28

Cette semaine, la crise de l’UMP a fait une victime : Nicolas Sarkozy. Certes, Jean-François Copé et François Fillon risquent de sortir très amochés du bras de fer suicidaire dans lequel ils se sont engagés. Il est même envisageable que l’un comme l’autre y laissent le peu de crédibilité politique qu’il leur reste. Et avec eux, une kyrielle de dirigeants UMP, voire le parti tout entier, risquent de sombrer. Mais s’il est un personnage qui subit d’ores et déjà de plein fouet les conséquences de cet affrontement, c’est bien l’ancien chef de l’Etat.

Le premier responsable de la folie destructrice

Loin d’apparaître comme le gagnant du chaos qui règne à droite, Nicolas Sarkozy a vu s’évanouir cette semaine beaucoup de ses chances d’un retour au premier plan. D'abord parce que l’ancien Président est le premier fautif, le premier responsable de la folie destructrice qui s’est emparée de l’UMP. Parce qu’il redoutait une victoire trop écrasante de François Fillon, il a multiplié en fin de campagne les coups de main à Jean-François Copé jusqu’à contribuer à l’accouchement de ce résultat aussi serré que suspect. L’apprenti sorcier a fini par provoquer une catastrophe.

Ensuite parce que la détermination de Jean-François Copé, claquemuré dans son bunker de la rue de Vaugirard, illustre à quel point le président (trois fois !) auto-proclamé de l’UMP ne cédera pas aisément sa place à Nicolas Sarkozy si celui-ci prétend reprendre son sceptre. Contrairement aux engagements ressassés la main sur le cœur par le maire de Meaux tout au long de sa campagne, celui-ci ne sera pas "toujours aux côtés de Nicolas". Sarkozy ne se faisait pas beaucoup d‘illusions, le voilà prévenu. Il  devra marcher sur le forcené de l’UMP s’il entend reconquérir le leadership de la droite.

Copé a osé lui dire non

Enfin, et surtout, parce qu’il s’est produit cette semaine un événement considérable à droite : pour la première fois depuis huit ans, un dirigeant de droite a osé dire publiquement non à Nicolas Sarkozy. Certes, celui-ci a subi au pouvoir nombre de refus plus ou moins insolents de ses subordonnés et  "collaborateurs". Mais il n’avait jamais subi un tel affront public de la part des siens. En rejetant sa proposition d’organiser un référendum auprès des militants, Copé a signifié la fin d’une époque. A droite, décidément, on ne respecte plus rien, pas même les anciens.

Dans ce duel sans fin ni issue, Copé et Fillon, ce sont les affranchis de l’UMP et le parrain ne parvient plus à les ramener à la raison. Tel le docteur Frankenstein, Sarkozy se voit dépassé par sa créature, ce Copé qui le surpasse en matière de cynisme et d’impudence, cet apôtre d’une droite tellement "décomplexée" qu’il ferait presque passer l’ancien maire de Neuilly pour un notable centriste un tantinet  inhibé.

En refusant d’obéir à son ex-supérieur, Copé a donc aussi pris la tête des révoltés, non du Bounty, mais de la Sarkozye, de tous ceux qui en ont soupé des colères, menaces et oukases de leur ancien maître.  L’ex-chef de l’Etat  n’avait pas subi pareil affront depuis le "Je décide, il exécute !" balancé par un Jacques Chirac hors de lui le 14 juillet 2004. Mais à l’époque, Nicolas Sarkozy n’était qu’un brillant, et bouillant, second. Pas un roi déchu.

En fait, il n’y a pas que de l’Iznogoud chez Jean-François Copé, il y a aussi un soupçon de Spartacus. Dans les deux cas, ça finit mal pour l’intéressé.

Renaud Dély - Le Nouvel Observateur

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