Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 14:11

Ce devait être une grande année pour la diplomatie française. En cumulant la présidence du G8 et du G20, Nicolas Sarkozy pensait regagner sur le parquet international un peu de cette popularité qui le fuit sur la scène intérieure. L’expérience de la présidence du Conseil européen au second semestre 2008 avait montré les capacités du chef de l’Etat à utiliser les événements –la crise financière et la guerre russo-géorgienne– pour apparaître comme un acteur central de la mondialisation.

Hélas, 2011 commence mal pour la diplomatie française. Les mésaventures touristico-immobilières de Michèle Alliot-Marie et de sa famille n’y sont pour rien. Tout le monde sait qu’avec Nicolas Sarkozy plus encore que sous aucun président de la Ve République, la politique étrangère de la France ne se fait pas au Quai d’Orsay.

Bernard Kouchner en a eu la cruelle expérience. Tout se décide à l’Elysée. Le président de la République s’y est entouré de spécialistes chevronnés qui échappent au mépris dont il accable généralement l’ensemble des diplomates. Du moins peut-on l’espérer.

Mais cette concentration d’expertise n’a pas suffi à éviter les maladresses, de la Tunisie à l’Egypte et jusqu’au Mexique. Il n’est pas question ici de reprocher à quiconque de ne pas avoir anticipé les démissions de Ben Ali et de Moubarak.

Toutefois, si au lieu de les soupçonner de travailler contre les intérêts de la France les dirigeants politiques avaient pris un peu plus au sérieux les analyses passées de nombreux observateurs, chercheurs, journalistes et… diplomates, ils auraient compris que ces régimes étaient plus fragiles que les apparences ne le laissaient à penser. Ils n’auraient pas misé sur la Tunisie de Ben Ali et sur l’Egypte de Moubarak pour promouvoir l’Union pour la Méditerranée, concoctée par Henri Guaino, le conseiller spécial du Président.

Ce projet cher à Nicolas Sarkozy s’est surtout traduit par un somptueux sommet de 43 chefs d’Etat et de gouvernement, européens et méditerranéens, le 13 juillet 2008, à Paris. Depuis, il était en déshérence. Il vient d’être décapité. Le coprésident, avec Nicolas Sarkozy, était Hosni Moubarak. Et le secrétaire général, un Jordanien, choisi après des mois et des mois de négociations avec les Arabes et les Israéliens, a jeté l’éponge, faute d’objectifs et de moyens.

Plus que les séjours du Premier ministre dans la vallée du Nil ou de la ministre des affaires étrangères à Tabarka, pendant les vacances de Noël, la proximité avec les régimes tunisien et égyptien explique que la France ait paru toujours en retard d’une manifestation au cours de ces dernières semaines. Il ne sert à rien d’insister sur les hésitations de diplomatie américaine pour se dédouaner.

C’est toute la politique méditerranéenne et toute la politique arabe de la France – même si cette dernière a longtemps été plus un mythe qu’une réalité –, qui doivent être repensées. L’idée d’une Union pour la Méditerranée est toujours d’actualité mais elle ne peut être conçue sur les bases antérieures. Elle doit tenir compte de l’aspiration à la démocratie manifestée par les peuples de la rive sud, sous-estimée voire occultée par le projet Sarkozy-Guaino.

La diplomatie française n’a pas été plus heureuse en Côte d’Ivoire, mais pour des raisons inverses. Après l’élection présidentielle qui a donné la victoire à Alassane Ouattara, Nicolas Sarkozy avait donné huit jours à Laurent Gbagbo, le président sortant. L’ultimatum a été superbement ignoré, Gbagbo est toujours dans le palais présidentiel tandis que le président élu campe à l’hôtel du Golfe. Et la France semble aussi impuissante que les voisins africains de la Côte d’Ivoire à imposer le président élu, reconnu par la quasi-totalité de la communauté internationale.

«Nous devons garder notre sang-froid», a déclaré le président de la République à propos des relations avec le Mexique. Sage conseil, trop souvent ignoré. Par un réflexe de compassion qui lui est familier, Nicolas Sarkozy a décrété que l’année culturelle du Mexique en France serait dédiée à Florence Cassez, la jeune Française qui purge soixante ans dans une prison mexicaine pour complicité d’enlèvement.

A-t-il mal estimé la susceptibilité du président Felipe Calderon, avec lequel il avait pourtant multiplié les manifestations d’amitié lors de son voyage officiel au Mexique en 2009? Toujours est-il que les autorités mexicaines ont annulé leur soutien à l’année culturelle, lui portant le coup de grâce si elles maintiennent leur position.

Ce ne serait que demi-mal. Dans cette affaire, le véritable revers pour la diplomatie française concerne le G20. Pour faire progresser l’ambitieux programme de sa présidence, Nicolas Sarkozy comptait sur le soutien de pays émergents. Les maladresses dans le traitement du sort de Florence Cassez risquent de braquer contre la France un allié dont Nicolas Sarkozy aurait eu grand besoin dans ses négociations avec les Etats-Unis, la Chine et autres puissances.

Seul petit rayon de soleil dans ce sombre tableau de début d’année: la coopération franco-allemande. Paris et Berlin ont présenté de concert un «pacte de compétitivité» à leurs partenaires européens pour sortir durablement de la crise. Peu importe qu’ils aient été plutôt mal reçus. Seule compte la démarche en commun. Angela Merkel impose ses principes, la France son vocabulaire (le «gouvernement économique» de l’Europe) et surtout, en collant à l’Allemagne, elle reste dans le groupe des pays financièrement vertueux. Une bonne nouvelle pour le service de la dette.

Daniel Vernet

Sources : http://www.slate.fr/story/34323/diplomatie-sarkozy-mexique-arabe

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean Louis ALONSO - dans ACTUALITES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Jean Louis ALONSO, coups de cœur et coups de gueule ! Voyage intérieur !
  • Le blog de Jean Louis ALONSO, coups de cœur et coups de gueule ! Voyage intérieur !
  • : Voyages aux 4 coins de la planète mais aussi "Voyages Intérieurs" États d'âme et coups de gueule
  • Contact

Recherche