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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 09:35

Peu avant 20 heures, le personnel est en plein briefing au siège du Samu social, dans le quartier Bourgogne de Casablanca. “Nous avons six itinéraires différents, qui permettent de couvrir plusieurs squats et points d’activité des sans-abri de la ville”, explique Miloud El Bouazzaoui, le coordinateur des tournées. Le chauffeur Saïd Mehdaoui charge dans la fourgonnette une marmite remplie de riz, des thermos de café et de thé ainsi que plusieurs sacs de pain. L’infirmier, Merouane Denmi, vérifie le matériel médical tandis qu'Aziz Hjazi, le chef de la ronde, examine les rapports de l’équipe du jour. Puis c'est le départ.

 La fourgonnette stoppe devant un groupe de jeunes —trois filles et deux garçons, âgés de 17 à 19 ans— qui marchent vers le centre-ville.
“On vient de sortir du squat”, lance Khadija, en véritable chef de bande. Aziz Hjazi leur sert un plat de riz, du thé et du pain, avant de les inviter à monter un à un dans le véhicule pour soigner leurs blessures. “Ils ont généralement des scarifications dues à l’usage intensif de drogues ou
suite à des bagarres, explique l’infirmier. "Il y a aussi des séquelles de morsures de chiens ou de rats, fréquentes dans les lieux de squat”.
Pendant qu'Aziz Hajazi désinfecte la blessure de la jeune fille, les autres discutent en aparté avec les sans-abri. “Pour pouvoir les aider, nous devons bien les connaître. Nous tenons à jour des fiches sur chacun où sont consignés tous les détails de leur vie quotidienne”, souligne l'infirmier.

La fourgonnette se dirige vers une villa en ruine. La préfecture d’Anfa [un arrondissement de Casablanca où se situait un aéroport désormais fermé] concentre la moitié des sans-abri de la ville. Beaucoup de maisons sont abandonnées et les SDF se sentent plus en sécurité dans ces quartiers, a constaté l'équipe du Samu social. Le lieu est infesté de rats et l’odeur d’excréments y est insupportable. Une silhouette surgit de la pénombre. Jalil, 17 ans, vit dans la rue depuis trois ans. “Il a quitté le domicile de ses parents car il refusait que sa sœur se prostitue pour subvenir aux besoins de la famille”, croit savoir le chef de la ronde. Le jeune homme habite ce squat avec le groupe croisé un peu plus tôt, mais il signale au Samu qu’ils sont parfois plus d’une vingtaine à s’y réfugier.

Nous rencontrons Soufiane, Zakaria et Youssef, âgés respectivement de 11, 13 et 14 ans. Bien que scolarisés et vivant encore chez leurs parents, ils passent une bonne partie de la nuit dehors à vendre des chewing-gums et des paquets de mouchoirs. “Mon père est porteur dans un marché du Maârif [quartier commercial de Casablanca], ma mère gagne au plus 2000 dirhams [181 euros] par mois. Les 150 dirhams [13,50 euros] que je peux me faire chaque soir, c'est pour les aider”, confie Soufiane, qui dit essayer de rentrer chez lui à 1h du matin au plus tard, afin de pouvoir aller à l’école le lendemain. Mais sillonner la rue jusqu’à des heures tardives n’est pas sans danger pour un enfant. Le petit Soufiane a été agressé par un toxicomane qui lui a tailladé la main.

A trois heures du mat', ils sont tous défoncés

Il est 23h30. A la gare routière de Oulad Ziane, des dizaines de personnes dorment dans le hall et à l’étage. “Des mineurs débarquent ici chaque jour, il faut les repérer rapidement afin de pouvoir rétablir le contact avec leurs familles”, insiste le travailleur social. Ce sont les filles qui inquiètent le plus le Samu. “Seules et désargentées, elles se retrouvent très vite prises au piège de la prostitution.”

Pause dîner pour l’équipe qui rentre au centre avant de repartir vers les autres points prévus dans l’itinéraire. Au menu, un copieux tajine de viande aux pommes de terre et aux olives. L'ambiance est décontractée : "de toute façon, le jour où vous vous sentez blasé, il faut quitter ce métier" explique Miloud El Bouazzaoui. Sur le trajet, la fourgonnette est hélée par un jeune homme en provenance de Safi [à 200km au sud-ouest de Casablanca]. Il a besoin d’argent pour rentrer chez lui, explique-t-il. “La procédure consiste à prendre contact avec les parents du demandeur afin de nous assurer qu’il va bien rentrer chez lui. Dans certains cas, nous faisons le déplacement avec lui”, souligne le coordinateur en chef du Samu.

A trois heures et demie, l'équipe passe au peigne fin les endroits habituels des sans-abri. Ceux-ci sont de moins en moins nombreux et les rares que rencontrent les travailleurs sociaux ne demandent qu'à dormir. "A cette heure-ci, ils sont généralement 'stone", défoncés au "douliou" [un diluant pour vernis à ongles] lance Aziz Hjazi. Au point du jour, l'équipe rejoint le centre. Mais le travail n'est pas terminé : il faut encore saisir toutes les informations collectées pendant la soirée.

 

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Published by Jean Louis ALONSO - dans MAROC
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MA 20/06/2012 08:04


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