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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 08:39

Depuis plusieurs mois, les révoltes arabes rebattent les cartes politiques, diplomatiques et idéologiques de la région(lire notre dossier « Une région en ébullition »). La répression libyenne menaçait cette dynamique. Et la guerre occidentale autorisée par les Nations unies vient d’introduire dans ce paysage une donnée aux conséquences imprévisibles.

Par Serge Halimi

Même une montre cassée donne l’heure exacte deux fois par jour. Le fait que les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni aient pris l’initiative d’une résolution du Conseil de sécurité autorisant le recours à la force contre le régime libyen ne suffit pas pour la récuser d’emblée. Un mouvement de rébellion désarmé et confronté à un régime de terreur en est parfois réduit à s’adresser à une police internationale peu recommandable. Concentré sur son malheur, il ne refusera pas ses secours au seul motif qu’elle dédaigne les appels des autres victimes, palestiniennes par exemple. Il oubliera même qu’elle est davantage connue comme une force de répression que comme une association d’entraide.

Mais ce qui, logiquement, a servi de boussole aux insurgés libyens en péril extrême ne suffit pas à légitimer cette nouvelle guerre des puissances occidentales en terre arabe. L’intervention de pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) constitue un moyen irrecevable d’essayer de parvenir à une fin souhaitable (la chute de M. Mouammar Kadhafi). Si ce moyen a acquis l’apparence de l’évidence, chacun étant sommé de « choisir » entre les bombardements occidentaux et l’écrasement des Libyens en révolte, c’est uniquement parce que d’autres voies de recours — l’intervention à leurs côtés d’une force onusienne, égyptienne ou panarabe — ont été écartées.

Or le bilan passé des armées occidentales interdit d’accorder quelque crédit aux motifs généreux dont elles se prévalent aujourd’hui. Qui croit d’ailleurs que des Etats, quels qu’ils soient, consacrent leurs ressources et leurs armées à l’accomplissement d’objectifs démocratiques ? L’histoire récente rappelle assez, au demeurant, que si les guerres prétextant ce motif remportent des premiers succès fulgurants autant que largement médiatisés, les étapes qui suivent sont plus chaotiques et plus discrètes. En Somalie, en Afghanistan et en Irak, les combats n’ont pas cessé, alors que Mogadiscio, Kaboul, Bagdad sont « tombés » depuis des années.

Les insurgés libyens auraient aimé comme leurs voisins tunisiens et égyptiens renverser seuls un pouvoir despotique. L’intervention militaire franco-anglo-américaine menace de faire d’eux les obligés de puissances qui ne se sont jamais souciées de leur liberté. Mais la responsabilité de cette exception régionale incombe au premier chef à M. Kadhafi. Sans la furie répressive de son régime, passé en quarante ans de la dictature anti-impérialiste au despotisme pro-occidental, sans ses philippiques assimilant tous ses opposants à des « agents d’Al-Qaida », des « rats qui reçoivent de l’argent et servent les services de renseignement étrangers », le destin du soulèvement libyen n’aurait dépendu que de son peuple.

 

Sources et suite : http://www.monde-diplomatique.fr/2011/04/HALIMI/20379

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Published by Jean Louis ALONSO - dans ACTUALITES
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