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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 15:17

Après celle de la raison, la critique de la copulation pure s'écrit tous les jours. Une révolution copernicienne est en marche, qui remet en cause ses fondements philosophiques. La volupté ne saurait tourner plus longtemps autour du phallus, comme au Moyen-Âge l’univers autour de la Terre. Le phallocentrisme doit être repensé pour passer à une vision nouvelle capable d’appréhender les nouvelles cosmologies amoureuses. Cette critique a commencé dans les années 1950, quand le professeur Alfred Kinsey, après avoir interviewé 8000 femmes et 5000 hommes américains, révéla que les 3/4 des mâles de ce pays jouissaient en 3 minutes et les femmes affirmaient prendre du plaisir avec le clitoris. Ces nouvelles propositions synthétiques a posteriori ont gagné en force expérimentale en 1960, quand les sexologues Master et Johnson, après avoir reçu des centaines de couples, étonnés que les femmes jouissent si peu, prônèrent le « sensate focus », le toucher sensuel avant le coït. En 1976, le rapport de Shere Hite réalisé grâce à de milliers de questionnaires pour femmes, confirma ces expérimentations en Occident. Il montra que la plupart d’entre elles ne prennent pas tant de plaisir à la pénétration, parviennent bien souvent seules à l'orgasme et, encore une fois, que leur clitoris leur procure d’intenses sensations, souvent négligées par leur compagnon. En 1980, Shere Hite montra aussi que la majorité des femmes mariées depuis plus de cinq ans cherchent, pour se satisfaire sexuellement, des relations avec d'autres hommes, ce qui lui valut d’être menacée physiquement par les traditionalistes chrétiens et obligée de quitter les Etats-Unis ( il faut rappeler que l’encyclique Humanae vitae de la Sainte Eglise, publiée en juillet 1968, année symbole du renouveau radical des mœurs, défendait toujours le « Casti connubii » , le « mariage chaste », où le rapport sexuel doit se limiter à la procréation).

LE DÉSORDRE SYMBOLIQUE

Depuis les années 1920 la psychanalyse, bientôt fort écoutée, prétendant fournir une véritable science sexuelle a priori, affirmait que le clitoris était une ridicule imitation du phallus, la preuve de son absence ("Introduction  à la psychanalyse", Freud, 1920). Ses agaçants plaisirs, jugés "immatures" (sic), relèveraient d’une forme de sexualité infantile, souvent responsable de réactions hystériques (si bien que certains analystes comme Marie Bonaparte proposèrent qu’on l’ampute, ou encore l’opère pour le rapprocher du phallus pendant le coït). Par la suite, beaucoup d'entre eux célébraient "l’orgasme vaginal", reprenant la formule freudienne de 1927 selon laquelle "la suppression de la sexualité du clitoris est la condition requise pour l'entrée dans la féminité". À les entendre, le rentre-dedans résumait toute l’agitation amoureuse, le phallus en était le pivot, tout en s’imposant comme le symbole majeur de l’ordre inconscient : l’axe autour duquel tourne le monde. Encouragés de la sorte, beaucoup d’hommes croyaient qu’à peine ils s’enfournent, la femme se pâme, Dieu ou la Nature l’aurait voulu ainsi. C'est ainsi que le foutage, la baise, le pinage, le pistonnage phallique (qui n'a certes pas que des défauts) l'emportèrent, avec ses excès et sa robotique, bien décrits dans la célèbre chanson de Georges Brassens : "Quatre-vingt-quinze fois sur cent. La femme s'emmerde en baisant. Qu'elle le taise ou qu'elle le confesse. C'est pas tous les jours qu'on lui déride les fesses. Les pauvres bougres convaincus. Du contraire sont des cocus"

Cependant, depuis les travaux pionniers de sexologues comme Gérard Swang (1970), puis grâce aux images de synthèse du Dr Hélène 0’Connell (1998), une gynécologue canadienne, nous savons que le clitoris est un grand organe enveloppant le sexe, plein de sang, très innervé. L’orgasme passe par lui, comme nombre de féministes le répétaient depuis les années 1968. C’est un bel animal de la taille d’un phallus, dont il est bon de flatter la crête et la racine, - le fameux point G, identifié en 1982. Le phallus n’y suffit pas, même s’il apporte sa caresse singulière, dans des corps à corps particuliers. Il s’en trouve décentré de l’univers sexuel, comme hier la Terre de la cosmogonie. En ce printemps 2012, deux enquêtes sur le plaisir féminin achèvent cette révolution copernicienne. Dans « Les femmes, le sexe et l’amour » du sexologue Philippe Brenot (ed. Les Arènes), 3000 femmes témoignent. Que disent-elles ? Une sur quatre ignore l’orgasme, malgré un mari limeur. Dans « La révolution du plaisir féminin » (Odile Jacob), où 80 thérapeutes parlent, on apprend que certaines utilisent des sex toys, ces inépuisables phallus égarés, apprennent à leur conjoint à les toucher partout et faire glisser les sensations au-delà des zones génitales. Tout le corps tissé de nerfs en devient érogène, l'amour une grande exploration, une mystique de l'autre. Le centre tellurique est partout. L’univers en expansion. C'est la distribution des petits pains. Le nouveau chemin de Damas. La voie du sacré, comme le voulaient les Tantras. La critique de la copulation pure n'en finit plus de s’écrire

 

Source Lemonde

 

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Published by Jean Louis ALONSO - dans SANTE
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